On est chez nous

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    Ce lundi-là, je n’étais pas plein d’allant en me rendant à Laon. (Donald Judge sous CC)

    « On est chez nous » : je l’ai chanté de bon cœur dans les travées du stade Bollaert, puis la chanson m’a moins entraîné quand elle a été reprise par les crétins à crâne rasé dont la bêtise suffit à réfuter toute théorie de suprématie de la race blanche. Lundi, j’avais envie de l’entonner avec fierté en mettant les pieds au palais de justice de Laon, après une heure de route au milieu de l22a triste et brumeuse plaine picarde. Dans la radio de la C3, des morts, des terroristes, des bombardements…Depuis deux jours en appel, après quatre autres aux assises de l’Oise à Beauvais en 2014, on jugeait Mohamed Talhi pour deux viols et deux agressions sexuelles. Talhi, c’est le sale type doublé de la tête à claques dans toute sa splendeur. Un lâche, ergoteur, ratiocineur. Aux victimes, il fait subir un deuxième calvaire à coups de diatribes et de dénégations contre toutes les évidences, notamment des traces ADN sur un gant, chez l’une, et un oreiller chez l’autre (sans parler de son implication dans d’autres affaires à connotations sexuelles).

    Talhi ment comme un arracheur de dents. Il cite des extraits du code pénal ou d’ouvrages de droit aussi mal digérés par lui que le Coran par d’autres. Ses délires nous donnent des envies de Qatar ou d’Arabie Saoudite, de loi du talion, de justice expéditive, de coups de fouet et d’amputations (quoi qu’on se demande si le viol d’une femme serait si punissable dans ces jolis pays où la conduite d’une voiture par une donzelle tient du délit). On n’est pas bien malin ce matin-là… A Longueau, cinq kilomètres après le départ, on a croisé une femme voilée (toute blanche, sûrement une de ces nouvelles converties encore plus dangereuses que les musulmanes de souche). Sur le coup, on a eu envie de donner un coup de klaxon, de dresser un doigt. Le plus énervant, avec les terroristes, c’est qu’ils finiraient par nous rendre cons. Puis on a préféré sourire, se dire qu’un jour qui commençait avec une voilée finirait avec quatre violées…

    Au palais nous attendait un Talhi encore plus énervant qu’avant le week-end. C’est bien simple : il ne l’a fermée que pendant la minute de silence imposée par le gouvernement. Alors la présidente Karas a choisi de ne rien changer, de le laisser dire n’importe quoi, d’épuiser une salle entière avec ses jérémiades, de prolonger la purge. Oh, pas pour le plaisir ! Mais pour être sûre qu’au terme du procès, Mohamed Talhi, très criminel et un peu cinglé, natif de Casablanca (Maroc), à la tête de la somme folle de 4,64 euros sur son compte en banque à son arrestation, serait aussi bien traité qu’un notaire multimillionnaire sorti de la cuisse de Jupiter. Ce lundi-là, le palais de justice était une maison commune, un endroit chaud et rassurant, une enclave, un havre à l’abri de la barbarie, de l’arbitraire mais aussi de la bêtise. Alors, dans la salle d’audience, comme on l’eût ressenti en terrasse d’un café ou dans une salle de concert, on s’est dit avec délice : « On est chez nous ».

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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