“Parce que vous m’avez envoyé une convocation”

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    Dominique nique nique… (photo Hajime NAKANO sous CC)

    Dominique n’en démord pas. “J’aimerais bien savoir pourquoi vous n’arrêtez pas de parler d’agression. Moi, je ne l’ai pas agressée.” Le président du tribunal correctionnel d’Amiens, Mikaël Simoëns, tente de faire de la pédagogie. Après tout, on n’est pas trop en retard en ce jeudi après-midi et derrière Dominique, il ne reste que deux affaires sans prévenu ni victime présents. “Monsieur, pouvez-vous me dire pourquoi vous êtes là ?” La réponse fuse, désarmante: “Ben, parce que vous m’avez envoyé une convocation !”

    Le 8 mars 2011, dans le quartier de La Hotoie, à Amiens, Dominique, 50 ans, reçoit la visite d’un copain, lui-même accompagné de sa fille, une jeune femme légèrement déficiente, qui vit en foyer mais passe un ou deux jours par semaine avec ses parents. Le père se rend aux toilettes. Aussitôt, Dominique demande à la fille de retirer sa culotte (“Je voulais la sentir”, confiera-t-il aux policiers) et lui propose en échange un string rouge du plus bel effet, que la jeune femme refuse pourtant catégoriquement. Il fait alors le tour de sa chaise et la caresse sur les seins, puis sur les fesses. Elle le repousse doucement. Le père revient. Fin de l’épisode, jusqu’à ce que la victime, perturbée, se confie à une éducatrice.
    “Ce que je ne comprends pas, c’est qu’elle n’a pas dit non. Sinon, j’aurais arrêté”, insiste Dominique, 50 ans, qui a quand même reconnu devant les gendarmes : “C’est vrai, si elle n’avait pas été handicapée, je n’aurais pas osé”. “Je n’aurais pas fait autre chose. D’ailleurs, je suis non violent. Et gay”, détaille-t-il encore ; seconde affirmation démentie par la pile de revues porno aussi hétérosexuelles qu’hétéroclites qui a été retrouvée chez lui.
    On en vient au fait : “Ma copine est partie en 2007. Je suis en manque de femmes. Je ne pensais pas que c’était un délit. Plutôt une marque d’affection”. Le président se lasse : “Non monsieur, c’est sexuel. Si vous avez besoin d’affection, achetez-vous un chien !”

    Dominique est condamné à 15 mois de prison avec sursis comportant l’obligation de soins.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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