Passage à tabac

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    Elle a des cheveux et elle a une cigarette. Parfois, j’avoue, je ne me foule pas pour trouver une photo d’illustration. (Movie Stars and Rockets sous CC)

    On avait déjà apprécié Stéphane quand il était passé en avril pour avoir tapé sa femme avec un coup dans le nez. Il avait alors expliqué : “Comme j’avais arrêté de boire, on avait décidé de fêter ça au cidre. Mais il n’y en avait pas alors on a pris du mousseux”. ». Car son grand art, c’est l’excuse bidon, énoncée avec le plus grand sérieux.

    Cette fois, il revient – ô surprise – pour des violences commises en novembre sur sa conjointe alors qu’il était pris de boisson. Elle aussi, d’ailleurs, mais ce n’est pas un délit tant que ça reste à la maison. Pourtant, le Gamachois avait à nouveau cessé de boire. “Mais ce jour-là, pour lui faire plaisir, encore, je lui avais acheté un canapé tout neuf. Elle m’a dit : “Et si on buverait (sic) un coup pour fêter ça ?” Je lui ai répondu “D’accord, mais raisonnable”. Alors ils ont replongé dans le mousseux…

    Stéphane reconnaît qu’il a parlé à sa femme jalouse des deux filles qu’il aurait faites à une Brésilienne quand il était dans la Légion : “C’était pour la taquiner” (la Gamachoise, pas la Brésilienne). Puis, sentant la situation dégénérer, il aurait quitté la maison, “comme me l’a conseillé mon avocat”.

    Aline affirme au contraire qu’il lui a arraché les cheveux et donné des coups. Les gendarmes, d’ailleurs, ont remarqué qu’il lui manquait quelques touffes, retrouvées par terre.Sacré preuve, non ? Pas pour Stéphane, qui peut “tout vous expliquer, monsieur le juge”. Donc, “le problème de ma femme, c’est qu’elle fume énormément. Avec un grand pot de tabac, elle ne fait pas deux jours. Elle fume, elle fume, elle fume, au point qu’elle perd ses dents et ses cheveux. Son médecin pourrait vous le dire. Moi-même, je passe mon temps à lui dire qu’elle devrait ralentir mais elle ne m’écoute pas”.

    Étrangement, l’explication n’a pas fait un tabac auprès des magistrats. Pour la quatorzième condamnation de sa carrière, ils l’ont envoyé en prison pour cinq mois.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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