Peine perdue

    Mardi, le chroniqueur découvrait à quel tour de passe-passe s’était livré le nouveau garde des Sceaux, dans un hémicycle quasi vide, à l’occasion de l’examen de la loi pénale. Jean-Jacques Urvoas a glissé dans le paquet cadeau un amendement qui permet de « convertir » une peine de prison ferme en « contrainte pénale » (ce « machin » made in Taubira dont personne ne veut) ou en « sursis avec mise à l’épreuve ».

    Ah, l’aménagement de peine… Vous allez trouver que c’est ma marotte, voire mon obsession. Enfin !, comment ne pas sortir de ses gonds quand la loi permet à un juge d’application des peines, seul, dans le secret de son cabinet, de réduire à quasi-néant la décision d’un ou plusieurs juges. Au passage, la publicité des débats, pilier de notre justice, est passée aux oubliettes. Or, ce que l’on tient caché est rarement glorieux…
    Disons-le : le procès tient alors du cinoche. Le parquet ou l’instruction suent sang et eau pour prouver la culpabilité, un président potasse toute une nuit le dossier ; à l’audience, sous les yeux d’un greffier, trois juges, un procureur et des avocats discutent longuement, un journaliste gratte du papier, puis les magistrats du siège délibèrent, réfléchissent, pèsent le pour et le contre et délivrent un jugement comme on cisèlerait un diamant. Tout ça coûte de l’attention, du temps et de l’argent, en grande partie dépensé par le contribuable. Pourquoi? Pour que le juge d’application des peines remplace un an de prison par quatre semaines de jardinage au sein de la brigade verte de la Ville !
    Cette schizophrénie de la justice, Christiane Taubira y était attachée par conviction : celle que l’emprisonnement n’est pas une réponse utile à la délinquance. Mais alors, que ne modifie-t-on pas la loi ? Par peur de l’électeur ?
    20Jean-Jacques Urvoas, lui, s’y soumet par nécessité. Tout simplement, il constate qu’il n’y a pas de place en prison et pas de sous pour en construire.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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