Piège sur la Toile

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    Téléphone rose, idées noires. (geee.darryl sous CC)

    La vengeance de l’amoureux bafoué, il y a encore vingt ans, passait par quelque perfidie répandue dans le village, le quartier, l’atelier ou le bureau. Genre : «machine est une sacrée coquine» ou «bidule est une grosse cochonne». Las, les nouvelles technologies sont passées par là : le ressort est le même, mais l’échelle est mondiale.

    Xavier, 40 ans, des cheveux noirs sur une bouille ronde, semble très nerveux, voire énervé. Il lève le menton après chaque phrase, comme pour dire «alors qu’est-ce que vous allez répondre à ça ? » La rupture avec Laurence est encore en travers de sa gorge. Ils se sont connus en juin 2010, ont vécu ensemble deux mois, chez elle, puis elle l’a prié de quitter les lieux en février 2012. Il estime qu’elle n’a pas été claire. Elle concède : «Je lui ai d’abord dit que c’était fini et, c’est vrai,à partir du mois de juillet, j’ai dû me montrer plus ferme». Juillet, c’est le moment que choisit Xavier pour franchir la ligne continue. Il vient de force chez elle.

    En novembre, Xavier passe à la vitesse supérieure. Il sélectionne la plus belle photo de Laurence en maillot de bain et l’inscrit sur le site « jecontacte.com » L’annonce est explicite : «Cherche homme pour rencontre éphémère, cherche rencontre kleenex et à prendre du bon temps. » Pour faire bonne mesure, il publie les numéros de téléphone professionnel et personnel de son ex, et donne l’adresse de son domicile. Puis, comme il est en verve, il lui crée le mur Facebook délicatement intitulé «Si toi aussi tu connais une connasse qui a foutu le merdier dans ta vie à cause de ses mensonges ». Pour la victime, les conséquences sont terribles : «J’ai dû recevoir une bonne cinquantaine de coups de fil explicites, parfois à la maison, alors que les enfants étaient là, parfois sur mon lieu de travail. J’étais tellement exaspérée que j’ai fini par envoyer sur les roses un client qui n’appelait pas pour ça. Par contre, d’autres qui m’avaient reconnue étaient très intéressés… »

    Dans la foulée, il multipliera encore des coups de fil nocturnes qui tiennent du harcèlement.  Dans ma tête, mon équilibre n’était pas au top de sa forme », reconnaît-il enfin. Cette semaine, il a été condamné à six mois de prison avec sursis.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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