Pire que Sarajevo

    On est presque gêné quand ce gaillard d’un quintal, qui a fait Sarajevo pendant ses trois ans de commando, fond en larmes à la barre.

    Nicolas avait 28 ans quand, en 2001, ses beaux-parents sont morts. Avec son épouse, il a décidé de recueillir sa belle-soeur, alors âgée d’une dizaine d’années. Cinq ans plus tard, la chenille est devenue un papillon plutôt déluré. «Elle ressemblait un peu à votre femme plus jeune, n’est-ce pas ? » glisse pudiquement la présidente Stella. Justement, la légitime de Nicolas vient de donner naissance à leur quatrième enfant. L’heure, du côté de la parturiente, n’est pas franchement à la gaudriole. La cadette, en revanche, est aussi libre que fraîche. Ils passent de plus en plus de temps ensemble et l’irréparable survient : une liaison torride, «alors que je n’avais jamais trompé ma femme, et pourtant, j’avais eu mille occasions ». L’épouse surprend une partie de jambes en l’air. Scène terrible : la petite se retourne et adresse un sourire narquois à sa soeur. Nicolas se prend une gifle à la hauteur de l’affront. Les deux amants sont virés du domicile conjugal. Ils vivront même un temps ensemble, jusqu’à ce que la gamine rompe, agacée que Nicolas insiste pour qu’elle retourne à l’école. Six ans plus tard, au correctionnel, il reste une accusation non pas de corruption de mineure (elle avait plus de 15 ans) mais d’atteinte sexuelle par personne ayant autorité. Nicolas est condamné à huit mois avec sursis.

    L’essentiel est ailleurs. Le couple s’est reformé – «pour les enfants » – mais Nicolas n’en finit pas de pleurer. «Je suis brisé, je n’ai plus d’âme… J’ai une partie de moi qui est morte… Tout ce que j’espère, c’est mourir le premier et que mon dernier souffle serve à demander pardon à ma femme… » Le procureur Soulhol note justement : «”Une partie de moi qui est morte“, c’est ce que nous disent habituellement les victimes, pas les auteurs ». «C’est un homme bien, atteste Me Virginie Dusseaux. Il faut qu’il reprenne le cours de sa vie », reprend le procureur. Le visage tout rouge de Nicolas voudrait rentrer dans son col camionneur. «J’ai tellement honte. »

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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