Point final

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    Ce n’est pourtant pas bien compliqué d’établir le profil d’un Egyptien ! (Dennis Jarvis sous CC)

    Ca tient presque de l’exploit : passer trois jours sur la mort d’un homme et à la fin, ne savoir ni son lieu, ni sa date de naissance.

    Aux assises de l’Oise cette semaine, l’avocate générale en convient : « De M. Abdel Salam, on sait qu’il est né il y a une quarantaine d’années au pied des pyramides et qu’il est mort le 12 octobre 2011 à Muirancourt. Entre les deux, on ne sait rien ». Ah si : il mesurait 1,73 mètre et pesait 75 kilos. C’est précis et c’est normal : l’information provient du légiste qui lui a ouvert le crâne pour déterminer qu’il était mort des suites d’un traumatisme crânien, sur le trottoir du café du Centre, quelque part entre 20 heures et 8 heures du matin.

    Donc, Ascharaf était égyptien, une provenance pas si courante. Il aurait émigré pour suivre son père à Paris et avait rejoint la maison de son frère, dans le Noyonnais, en 2010.

    Quoi d’autre ? Il buvait, énormément, continuellement, massivement. Il fumait du shit. Des deux, il s’approvisionnait à Guiscard où il se rendait à pied. Les habitués des étangs l’entendaient passer avec son grand cabas qui faisait gling gling. Ascharaf souffrait d’hallucinations. Censé être musulman, il parlait à Dieu et à Jésus. « Un simplet », suggère un avocat, mais qui avait quand même obtenu son code en avril 2011. Le permis, il ne l’aura jamais.

    Ce soir maudit, il a pourri la vie de tous les habitués du troquet jusqu’à ce qu’un musclé ne l’envoie valdinguer. Il s’est cogné, s’est évanoui puis s’est réveillé. “Ca va ?”, lui a demandé un client. “Dieu ne te répondra pas”, a marmonné Ascharaf. Ils l’ont donc laissé dans le froid. « Il a su boire, il saura cuver” a asséné le bougnat. Et puis il est mort. Point final. Cette semaine, seul un de ses derniers compagnons a été mollement condamné. Personne ne s’était constitué partie civile. Cette chronique sera le dernier témoignage du passage d’Ascharaf Abdel Salam sur cette terre. Il sera parti d’Egypte pour finir dans le Courrier picard.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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