Portraits de femmes

    Aux assises de l’Oise cette semaine, comme d’habitude, les hommes avaient les premiers rôles mais les seules stars étaient des femmes. Cette affaire se résume en une phrase et quatre prénoms. Pédrag, marié à Peggy, couche avec Dalila, unie à Samuel ; Samuel tue Pédrag.

    Il reste Dalila, 37 ans, cheveux d’un blond flamand sur un teint de Méditerranée. «Elle était très belle. Là, j’ai l’impression qu’elle a pris vingt kilos en trois ans», glisse un avocat. En 2011, Dalila voulait mettre fin à un mariage soporifique. Depuis, elle soutient infailliblement son Samuel, rongée qu’elle est par le remords. «Moi j’ai honte et lui, il a mal», résume-t-elle. Maladroitement, elle tente de faire croire qu’elle avait quitté son amant quand des échanges de mails prouvent que sept jours avant sa mort, elle couchait encore avec lui. On le lui objecte. Elle craque : «Vous voulez dire que j’ai fait n’importe quoi ? Mais bien sûr que j’ai fait n’importe quoi ! Je suis responsable. Sans moi, il n’y a pas d’histoire

    En face, il y a Peggy, la veuve, cheveux bruns sur un visage brisé par le malheur. Le samedi, avec son mari, elle présentait le permis de construire de leur maison à toute la famille. Le dimanche, ils plantaient symboliquement le panneau sur le terrain à viabiliser. Le mardi, elle apprenait qu’il avait été tué de huit coups de couteau. Le mercredi, elle découvrait qu’il la trompait. Le deuil qu’elle porte, c’est aussi celui des explications qui n’ont pas été données, des engueulades qui n’ont pas éclaté, de la vaisselle qui n’a jamais été brisée, de la réconciliation qui n’a pas eu sa chance et même de la séparation qui ne sera jamais décidée.

    Elle dit l’absence, cette quatrième assiette à table qui ne sera jamais souillée. Elle dit la voix que l’on n’entendra plus, la peau que l’on ne touchera plus, l’odeur qu’on ne sentira plus. Et ce vide emplit la cour d’assises.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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