Poste restante

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    Cet homme est recherché pour escroquerie. (Kevin Dooley sous CC)

    Alexis, 28 ans, qui répondait de complicité d’assassinat, à Amiens, fin novembre, n’a même pas pensé à mettre son enfance en avant. Il ne cherchait pas d’excuse. Sa mère et les experts psy la lui ont fournie.

    Il avait un an quand son père est parti. Nathalie est une femme fragile, une habitante de la Plaine-Saint-Martin, à Ham. On la croit quand elle explique tout simplement : « Son père, il m’a dit “tu ne demandes pas de pension et tu obtiens une déchéance de paternité” ». « Et vous l’avez fait ? », s’étrangle le président des assises. « Oui, je sais que je suis un peu responsable de tout ça ». Elle se met en ménage avec un autre homme, elle a un enfant avec lui. Alexis est toujours là, comme un mauvais souvenir. Vivant. Une alliance, ça se jette dans le canal. Un enfant, ça reste…

    Avec lui, le nouveau compagnon n’est que froideur glaciale. Il ne le frappe pas, il contribue à sa nourriture et son entretien mais c’est tout. Déjà qu’avec ses propres gamins, la paternité n’est pas une sinécure, alors avec ceux des autres…

    Alexis sait qu’il a un vrai père, et donc des grands-parents. Un jour, vers 6 ans, il réussit à établir un contact. Ils lui disent « on pense à toi, c’est bientôt Noël, guette la boîte aux lettres, tu auras un cadeau ». Il se souvient : « Il paraît que pendant des jours, je suis allé tous les matins à la boîte mais il n’y a jamais rien eu ». Plus tard, bien plus tard, peut-être alors qu’il a entamé sa carrière délinquante, Alexis trouvera la trace de son père sur Facebook. « Je lui ai écrit mais il m’a répondu qu’il fallait le laisser tranquille. » Le gosse devenu un homme malade de son enfance, toxicomane, alcoolique, respectera la consigne à la lettre. Le papa ne sera pas même convoqué aux assises. Il n’aurait, il est vrai, rien eu à dire. Joyeux Noël, monsieur.

    PS : A la maison d’arrêt, le courrier arrive. On ne sait pas si Alexis guette encore la boîte tous les jours, mais dites-vous qu’il n’est jamais trop tard.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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