Prendre sur soi

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    Le genre de mec qui ne ramène du supermarché que SES yaourts.

    Il y a des moments pour prendre ses aises et des moments pour prendre sur soi. Cette semaine, aux assises de l’Oise, on a rongé notre frein face à Thierry M., l’homme qui a tiré trois balles de P38 dans le flanc de son ex-compagne Sandrine, le 23 février 2009 à Compiègne.

    Voilà un type qui pendant deux jours a geint non pas sur la jeune femme qui avait bien voulu de lui, puceau à 34 ans ; non pas sur la famille de celle qu’il a tuée pour un litige sur la pension alimentaire ; non pas sur son fils orphelin de mère par la faute de son père. En vrai Calimero, Thierry (finalement condamné à 18 ans de réclusion) ne s’est apitoyé que sur la seule personne qui l’intéresse : lui-même. «Tendance narcissique », a dit l’expert psy. Tu parles ! Thierry M. est le genre de type qui revient de courses avec SES yaourts sans penser que sa compagne pourrait avoir faim.

    Il faut pourtant prendre sur soi, car on juge un homme (l’âge adulte, c’est de l’enfance pourrie). Bouboule dans son survêtement en coton à la mode… d’il y a trente ans, pleurnichard, pleutre, lâche, il est cet écolier déjà tête à claques dont on soigne mal les otites à répétition, qui n’entend rien en classe et redouble CP et CE1. Il est ce quatrième enfant, venu par accident, qu’on tolère davantage qu’on l’accueille. Il est ce fils de gendarme qui n’a le droit de rien faire, de peur que ses innocentes bêtises fussent rapportées à mon adjudant. Il est cet adolescent sans ami qui passe un CAP de plombier alors que la mécanique le passionne. Il est ce rejeton de militaire que la Légion refuse par trois fois. Il est cet angoissé, en avance chaque matin au travail, parce qu’il quitte sa maison ridiculement tôt, de crainte de tomber en panne. Il est un homme qui a peur de tout, de son père à son ombre, de sa mère au regard des autres ; définitivement vaincu par cette petite part de lâcheté qui sommeille en chacun de nous et qui triomphe à l’occasion d’instants dont nous ne nous vanterons jamais. Il est des nôtres.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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