Quand on n’a que la haine

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    Juste une mise au poing… (Mai Le sous CC)

    L’amour, c’est fort. On ne voit guère que la haine pour lutter… Charles et Virginie ont dû s’aimer, mais il faudrait un microscope pour en retrouver des traces. Lui à la barre pour harcèlement, elle repliée sur son siège de victime, il ne reste que la haine, comme une tranchée de la guerre de 14 au milieu de la salle d’audience.

    Ils ont vécu une vingtaine d’années ensemble, ont eu un garçon et une fille, se sont séparés en 2011 mais elle n’a demandé le divorce qu’en 2015. Elle avait « rencontré quelqu’un », comme disent ces rescapés d’une première union, qui n’osent plus parler d’amour et d’amoureux. A première vue, il a très mal supporté qu’elle osât être heureuse sans lui.

    Au début, l’instruction ne semble guère favorable à Virginie. « Trente coups de fils en six jours, mouais… » commente le président. C’est vrai que cinq par jour, au début d’une idylle, ça tient du strict minimum, alors à son terme, avec des appartements à diviser et des gosses à entretenir, pourquoi pas… Charles boit du petit lait. Plutôt cool à 50 ans dans son jean’s et son petit pull noir, il semble confirmer : « Voilà ! Elle est parano, elle est malade ! Je me tue à vous le dire… »

    Puis viennent les témoignages des collègues de travail de Virginie. Ils font état des coups de fil ou des mails de Charles, qui leur explique par exemple que cette voisine de bureau qu’ils trouvent si sage tourne des films pornos « avec des vieux » – appréciez la nuance – dans des hôtels bon marché. En larmes, Virginie se défend : « La chambre d’hôtel, monsieur le juge, je l’avais prise pour mon frère, parce que c’est trop petit chez moi ». Le président Manhes la coupe : « Madame, on n’est pas là pour ça. Vous réservez une chambre si vous voulez et vous en faites ce que vous voulez ».

    Réconfortée par la précision, elle s’enhardit à décrire une vie « où j’avais toujours peur. D’ailleurs, j’ai toujours peur. Il nous dénigrait sans cesse avec les enfants. Il me traitait de grosse, de salope… On était des crétins. On n’avait pas le droit de rire, d’avoir une opinion, de vivre tout simplement ». Il secoue la tête avec un sourire crispé, l’air de dire : « C’est n’importe quoi, ne faites pas attention monsieur le juge, on vous fait perdre votre temps ».

    On apprend que sa fille enregistrait des mains courantes avant chaque droit de visite chez lui. On lit la déposition de son fils : « Il me harcelait. A l’entendre, on était tous nuls, des bons à rien. Je crois qu’il ne restait avec maman que pour l’argent. On vivait l’enfer mais il se radoucissait à chaque vente de parts de la société. Maman était sous son emprise. C’était un tyran domestique ». Le président Manhes relève les yeux de ses demi-lunes : « C’est dur, non, ce qu’il dit ? » Charles fait encore le fier : « Vous savez, il doit y trouver son intérêt … » Il est impossible qu’au fond, les mots de son fils, la chair de sa chair, ne l’atteignent pas.

    Quant à l’action pénale, il faut bien dire qu’elle tient à peu de chose et que si Charles comparaît pour l’ensemble de son œuvre, il ne peut être condamné que dans les liens de la prévention. Ainsi, il est relaxé. Nul doute que cet épisode judiciaire contribuera à repousser encore une procédure de divorce qui s’annonce comme un calvaire pour ses protagonistes, et une rente pour leurs avocats.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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