Quand t’es dans le désert

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    Se faire choper à Maurepas en partant de Guinée, tu parles d’une guigne… (carlos de celis sous CC)

    Lamine Camara, 21 ans, a traversé le désert, au propre d’abord, depuis sa Guinée natale. Il n’en est pas sorti, au figuré, condamné lundi en comparution immédiate par le tribunal d’Amiens à pour trafic de stupéfiants.

    « Mon père a été lynché sous mes yeux en 2010, explique-t-il, relayé par la traductrice. Avant j’étais chauffeur de taxi ». La présidente l’interrompt : « Chauffeur de taxi ? Alors que vous n’aviez pas 18 ans ? » Lamine ne comprend même pas l’objection. Dans un pays à feu et à sang, la sécurité routière ne doit pas être prioritaire…  Il a traversé le Mali puis une partie de l’Algérie avant de franchir les grilles de l’eldorado, la petite enclave européenne en terre africaine, au nord du Maroc.

    De là, l’Espagne l’a transporté en avion jusqu’à un camp de Barcelone, d’où il aurait décidé de rallier l’Allemagne : « En Espagne, il n’y a pas de travail. En Allemagne, on m’a dit que c’était plus facile de demander l’asile ». Le 8 février, il a pris à Bilbao un bus venu du Portugal à destination de l’Allemagne. Le 9, ce bus a été contrôlé par la douane à Maurepas, sur l’A1, à l’Est de la Somme. Les gabelous ont demandé à chaque passager de prendre ses bagages dans la soute. Un sac n’a pas été réclamé. C’était pourtant le plus précieux (mais aussi le plus encombrant) puisqu’il contenait dix kilos de résine de cannabis. Le chauffeur du bus a désigné Lamine – qui voyageait sous un faux nom pour une raison que l’audience ne permettra pas d’éclaircir – comme l’homme qui était monté avec cette sacoche.

    Le grand jeune homme venu d’Afrique nie en bloc. Il fond en larmes quand le procureur requiert six ans de prison à son encontre. « Et si c’était le chauffeur ? Après tout, rien d’autre que son témoignage n’accuse mon client » : Me Ghislain Fay tente d’instiller le doute, il ne parvient qu’à réduire le quantum de la peine. Lamine est condamné à trois ans ferme, mandat de dépôt, et reconduite à la frontière au terme de son incarcération. Il pleure de plus belle. « Je peux traduire ce qu’il dit ? » demande la jolie jeune femme qui l’assiste. Elle peut : « Il dit qu’il aurait préféré mourir chez lui ».

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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