Qu’est-ce qu’on peut espérer ?

    Dimitris Kalogeropoylos
    Like a rolling stone… (photo Dimitris Kalogeropoylos sous CC)


    L’enquêteur social a qualifié Salem, 37 ans, de “démotivé” et “fatigué”. Son avocate le décrit comme “malade. Il n’en peut plus, tout simplement”.
    Il porte sur son visage le délit dont il doit répondre en un lundi ensoleillé, dans une salle où les portables n’arrêtent pas de sonner, ce qui énerve les juges, qui finiront par décréter un huis clos. Le 4 mars, les policiers ont eu bien du mal à interpeller Salem, 24 mentions au casier, qui tentait de s’enfuir à leur vue. Il tenait serré contre sa ceinture un “caillou” de 54 grammes d’héroïne. Sur lui, on allait retrouver 105 euros en liquide et dans sa sacoche un ordinateur portable ainsi que deux balances électroniques de précision. Bref, le kit du parfait petit dealer.

    “Que la situation se calme en Tunisie”

    Dans le box des accusés, il a somnolé tout le début d’après-midi. Il émerge pour servir aux juges une version incroyable : “Le caillou, je l’ai trouvé dans un buisson. Ce sont des jeunes qui l’ont jeté quand ils ont vu les flics.Moi, je l’ai volé.Je suis un voleur. Et je suis un drogué. Parce que qui buvera boira, comme on dit…» (sic) Les policiers qui l’entourent, le juge qui l’interroge : personne n’est méchant avec Salem, parce qu’il fait pitié et qu’il arrive encore à faire rire son maigre public, maigre comme ce visage qui ne mérite même plus l’adjectif “émacié”. Ce ne sont que deux sillons qui partent de la commissure des lèvres et s’achèvent au coin de l’œil, deux traces d’un soc, deux lignes de partage des os.
    Il était tellement à l’ouest qu’en garde à vue, il n’a pas pensé à signaler qu’il avait encore douze grammes de poudre planqués dans son slip. Ils n’ont été trouvés qu’à la fouille, en maison d’arrêt.
    Qu’est-ce qu’on peut espérer ? lui demande le président.
    Salem se méprend, réfléchit un peu, puis répond : “Que la situation se calme en Tunisie”.
    Non, recadre le juge. Je voulais dire : pour vous, qu’est-ce qu’on peut espérer?
    Bah, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, non ?
    Jugement : un an de prison auquel s’ajoutent huit mois de sursis révoqués.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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