Regrets éternels

    «Pourquoi tu ne m’en as jamais parlé avant ? » C’est un cri plutôt qu’une question. Il émane de l’ex-femme de l’accusé, devant la cour d’assises de la Somme.

    Lui, disons-le, c’est un monstre, à ce point des débats. Avec son frère et sa copine de l’époque, il a tabassé à mort un homme de 36 ans sur la place de Péronne, en septembre 2010. Son frère a sauté sur le crâne de la victime à pieds joints. Lui, après avoir traîné le corps inerte sur la chaussée, a uriné dessus. Il lui a «pissé dessus comme une bête marque son territoire » analysera l’avocat général, le dernier jour du procès. Oui, mais comme le dira Me Daquo : «Je n’ai jamais vu de monstre dans une cour d’assises. Je n’ai hélas vu que des êtres humains. » Jean-François est très humain et il doit à son ex-femme de s’en souvenir. Oui, il a été «un bon mari », «un type formidable » pour les quatre enfants qu’elle avait eus d’un autre lit, un homme «tellement heureux » quand il a appris qu’à son tour, il serait père. Alors ? «Alors il a passé son permis de conduire et à partir de ce moment-là, ça a été n’importe quoi. » On sent chez elle la femme solide, organisée, carrée. Droite comme une ligne. Seule avec cinq gamins à la maison, elle n’a pas le droit de prendre les chemins de traverse. «J’ai divorcé parce qu’il picolait et qu’il ne voulait plus aller travailler. Mais tuer quelqu’un ? Il en est incapable ! » Il en a pourtant été capable, au terme d’une descente aux enfers faite de shoots d’héroïne et d’alcoolisme massif. Il ne cherche pas d’excuse, mais, enhardi par la psychothérapie qu’il suit en prison, ce grand taiseux parle et parle encore. Il dit le père buveur et violent, cette famille entre Santerre et Vermandois où l’on ne parle pas, monsieur ; on boit, ou on cogne. Il dit son amour pour son fils au point qu’il l’a laissé assister au procès. «Pour qu’il sache la vérité. On a dit tellement de choses… Au collège, à 12 ans, il s’est même excusé pour ce que j’avais fait.» Il vide son sac, évoque ce père qui le traitait de bâtard, qu’il a en vain tenté d’épater quarante ans durant. Il ne justifie pas. Il explique.

    Et l’ancienne compagne a ce cri : «Pourquoi tu ne m’en as jamais parlé avant ? » Oh, les regrets ! Oh, les occasions manquées !

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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