Remis ensemble

    Jean-Michel est venu parler d’amour. Avec ses chaussettes à motifs rouges dans des chaussures bateau, son double menton, son teint blême et son crâne dégarni, à 57 ans, il n’a pas vraiment le physique de l’emploi. Et pourtant, des étoiles brillent dans ses yeux quand il informe : “On s’est remis ensemble le 19 décembre. Je suis heureux, c’est une nouvelle vie”.

    La présidente du tribunal correctionnel n’arrive pas à s’associer pleinement à cette ode à la joie. Tout ça au motif que la dulcinée est précisément celle qu’il a une première fois escroquée, ce qui lui a valu une peine de prison ferme, dont il n’est sorti qu’au mois d’août. “Après, le foyer, et puis le 19 décembre, on s’est remis ensemble (bis). On a été à l’OPAC, on a fait tous les papiers. D’ailleurs, comme on est en couple, mon RSA a baissé, je suis passé de 335 à 189.” Cette fois, il est jugé comme par hasard pour des faits de vol de carte bancaire et d’escroquerie au préjudice de, devinez qui, sa dame de coeur.

    Il a profité qu’elle était hospitalisée pour la dépouiller de 10000 euros. “Oui mais les faits ont eu lieu avant sa condamnation”, souligne Me Decramer. “J’ai passé un an pénible en prison. Je ne connaissais pas le milieu incarcéral” (sic), confirme-t- il. Son gros problème, c’était le jeu. “Vraiment l’addiction à fond. Le grattage, le tiercé, le loto foot. Tout.” Il jure qu’il a arrêté. Il voit, contraint par une mise à l’épreuve, une infirmière tous les quinze jours.

    “Vous soignez quoi ?”, lui demande la présidente, méfiante.
    Il ne comprend pas :
    – Ben, mon diabète…
    – Non, avec l’infirmière, qu’est-ce que vous faites ?
    – On discute un peu. Elle me demande si ça va.

    Depuis le 19 décembre, il lui répond que ça va. “Ils vont mal et ils se raccrochent l’un à l’autre, lâche Me Decramer. Vous trouvez gênant qu’ils vivent ensemble ? Qu’est-ce que vous y pouvez ? Qu’est-ce que j’y peux ?” Jugement : six mois sous bracelet électronique.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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