Réponse à tout

    Jason, un Péronnais de 21 ans, finit par arracher aux juges un sourire àforce d’enquiller excuses bidons et explications tordues. Ce sera difficile, parfois périlleux, souvent ridicule mais le jeune homme aura réponse à tout. Convaincre, c’est une autre limonade : malgré un casier vierge, il sera envoyé pour douze mois en prison.

    Le 31 mai, les policiers de Valenciennespatrouillent dans une station-service de l’autoroute. Ils remarquent deux jeunes gens proches d’une Passat que leur arrivée rend manifestement nerveux. Un petit contrôle plus tard, une pipe ainsi qu’un képa de poudre sont saisis. Reste à trouver le conducteur. Jason est dans la station. Quand les policiers cherchent après lui, il fait profil bas. Par la vitre, il regarde ses copains se débattre dans la panade. Sous le regard de la vidéo surveillance, il va aux toilettes, et pas qu’un peu. Une fois : «Pour uriner. » Deux fois : «Pour me laver les mains. » Trois fois : «Parce qu’un mec m’avait dit d’y aller. J’ai voulu rendre service. » Quatre fois : «Pour me relaver les mains. » Cinq fois : «J’avais oublié de m’essuyer. » Jason se dit SDF (on ne peut pas perquisitionner chez un SDF…) Le président Simoëns lui fait remarquer qu’un survêtement Lacoste blanc, ce n’est pas l’uniforme habituel des typesqui dorment sur un banc. Le prévenu soutient qu’il se nourrit avec 15 euros par semaine mais concède qu’il va deux fois par mois chez le coiffeur. Problème : un patron de bar de Péronne explique que le garçon, «toujours très bien habillé », vient douze à quinze fois par jour dans son établissement. Il commande un whisky qu’il paie aussitôt parce que très souvent, son téléphone sonne et l’obligeà partir rapidement. «Je n’ai pas de preuve mais ça ressemble beaucoup à un trafic », suggère le limonadier. Sur le tard, Jason lâche qu’il dort parfois chez sa grand-mère ou chez une copine, dont, bien sûr, il ignore l’adresse. On ne la trouvera pas dans son téléphone : «Je l’ai perdu », annonce-t-il sans rire. Au fait, pourquoi passer une soirée en Belgique, si ce n’est pour y acheter de l’héroïne ? Tous les dealers ont la même réponse : «Pour voir les prostituées ». Faut-il faire une si longue route quand on est un pauvre SDF ? « Là-bas, elles sont plus propres. »

    Réponse à tout, on vous dit. Et, oui, limite tête à claques…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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