Ressemblance frappante

    5234833861_4b35b16fa8_o
    Ne comptez pas sur les repas du dimanche pour parler des choses qui fâchent. (photo Brett Jordan sous CC)

    C’est la position la plus inconfortable qui se puisse concevoir : être le fils du bourreau et de la victime. Papa a cogné sur maman, l’a violée, quelquefois tuée, et on se retrouve au centre d’une cour d’assises, avec papounet dans le box des accusés et mamounette sur le banc des parties civiles. Comme réunion de famille, on préfère le dîner chez grand-mère. Les assises, ça manque cruellement de poulet aux petits pois, de gâteau au chocolat et de cousins avec qui jouer.

    Dans la famille – comme dans tant d’autres ! – qui s’est retrouvée cette semaine sous les feux de l’actualité judiciaire à Amiens, les réunions ne servaient qu’« à parler de tout et de rien ; surtout de rien, d’ailleurs » (Me Daquo). Les «t’as vu, l’ASC a encore perdu ? », les «et le boulot ça va ? », les «t’aurais pas un peu grossi ? », ça fait des dimanches reposants mais ne tient pas lieu de psychanalyse. «Ce n’est pas des choses qu’on aborde facilement », reconnaît un des trois fils. Alors, papa tapait sur maman depuis vingt ans, de plus en plus souvent et de plus en plus fort, mais ça ne dérangeait personne, ni ceux qui savaient, ni ceux qui s’en doutaient.

    Maintenant, pas le choix, il faut vider l’abcès au tribunal puisque l’époux a fini par tenter d’étrangler sa femme. «Vous avez parfaitement le droit d’aimer votre père et votre mère. Vous n’avez pas à choisir votre camp », prévient le président Grévin. Pour l’un des trois fistons, c’est trop tard : il roule pour son père, allant jusqu’à affirmer n’avoir jamais constaté de violences, quand bien même il l’a déclaré trois fois pendant l’instruction. Ses dénégations butées font peur, tant à ce moment il ressemble, pas seulement génétiquement, à l’accusé du jour. Tout aussi violent est le désespoir de sa mère, trahie par ce faux témoignage. «Il n’est plus mon fils », lâche-t-elle dans un sanglot. Et pourtant, madame… Vous pouvez cesser de le voir, de lui parler, découper sa silhouette sur toutes les photos de groupe, il restera votre fils, vous resterez sa mère et votre bourreau restera son père. C’est terrible, c’est tragique, c’est comme ça.

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Inéluctable

    Sur le rôle de l’audience, la liste des délits reprochés à Steven donne le ...

    Qui ne tente rien…

    Le 4 septembre 2014, Louidgi et Alexis comparaissaient pour trafic de stupéfiants, dans le ...

    Un bus nommé désir

    Quand, en 2014, il a été embauché à l’essai dans une compagnie de bus ...

    Le linge sale en famille

    La petite dame permanentée de frais pourrait servir d’égérie à une campagne de pub pour l’institut ...

    Délits mineurs

    Kevin et Julian, 18 ans chacun, valent tous les discours sur la politique pénale des mineurs. ...

    Un gars de la Marine

    On ne peut pas lui faire le reproche de la sournoiserie : Guy affichait clairement ...