Rien à foutre

    Le 21 août, c’est encore le plein été. Vers 18 heures, dans une rue supposée paisible d’Amiens, les familles sont nombreuses à déambuler pour aller goûter la fraîcheur du square tout proche.

    C’est le moment que choisit Mohamed, 41 ans, pour se masturber sur son pas de porte, vêtu d’un simple tee-shirt («et rien en bas », précise une passante). Son «public » est composé de nombreuses mères de famille, le plus souvent accompagnées d’enfants en bas âge. Le manège durera plusieurs heures. «Quelle santé ! », murmure un avocat égrillard. L’homme, fortement alcoolisé, fait de fréquents allers et retours vers son logement. Femmes et jeunes femmes, elles seront plusieurs à attester avoir subi ses exhibitions mais personne n’a l’idée de passer un coup de fil à la police.

    Vers 20 h 30, de retour d’une balade avec sa fille, deux bébés et un enfant de 4 ans, une jeune mamie fait quand même une remarque vive à Mohamed. Un peu plus tard, elle redescend dans un escalier qu’elle croit libre pour fumer une cigarette. Elle va y subir davantage qu’une agression visuelle. Mohamed la saisit par les cheveux, se frotte au plus près de son visage et finit par éjaculer dans ses cheveux, presque au moment où arrivent, enfin, les policiers. Jugé un lundi du mois d’octobre, le prévenu, qu’un casier judiciaire blanc comme neige et un avocat convaincant ont sauvé d’une détention provisoire, ne trouve aucune explication, sinon un «mal être » depuis que celle qui fut sa compagne pendant quinze ans l’a quitté. C’est l’histoire d’une vie réussie – bonnes études universitaires, boulot grassement payé à Paris, maison à la campagne dans l’Oise – qui s’écroule : divorce, démission du travail pour s’occuper de sa fille, retour à Amiens, chômage, alcool. «Son acte est totalement isolé, il est plein de honte », observe son conseil Me Daquo qui n’a pas besoin d’insister : son client fixe ses chaussures depuis le début de l’audience. «J’ai eu un comportement ignoble. J’implore leur pardon », bredouille-t-il. Jugement : 18 mois avec sursis.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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