Scènes de la violence ordinaire

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    Il n’en a pas l’air mais c’est un pauvre hère. (photo Andreas Lehner sous CC)

    Au début de l’audience de comparution immédiate, l’autre vendredi, la présidente Catherine Briet s’inquiète du côté «cour de récré » de la salle d’audience.
    – Jeune homme par exemple, quel âge avez-vous ?
    – Quatorze ans, Madame.
    – Et vous êtes ici avec qui ?
    Une dame intervient : “C’est mon fils, il est avec moi “.
    La présidente : «Vous pensez que c’est sa place ? »
    La mère : «Il voulait voir son frère. De toute façon, je n’ai personne pour le garder. »
    Jean-Christophe J., 19 ans, troisième de neuf enfants, a trouvé quelqu’un pour le garder : deux policiers. Il comparaît détenu. En compagnie de deux mineurs, dans le quartier Saint-Maurice, le 2 mars, à 13 h 40, il a tapé sur un gérant du supermarché Dia. «Ils viennent régulièrement. Ils volent, ils crachent et ils nous insultent, a expliqué le commerçant. Ce jour-là, il m’a donné une claque et un coup de poing, mes lunettes ont volé. Un autre m’a fait un croche-pied. Puis les policiers sont arrivés. »
    «C’est le gérant qui a commencé, c’est pas nous, dément Jean-Christophe. Il m’a dit : ” La police va arriver. ». J’ai dit : “J’attends. ” Je parlais avec les mains, j’ai touché ses lunettes sans le faire exprès. Après, il m’a serré le cou ; alors je lui ai donné un coup de poing. Il voulait juste que je le frappe pour porter plainte. »

    Le 7 mars – “comme tous les mercredis”, précise la victime – Jean-Christophe et ses deux copains s’en prennent derrière le Lidl à un pauvre hère, handicapé, connu pour son alcoolisme. Coups de pied et de poing, «balayette » pour le projeter au sol : la scène est violente. « Je lui ai mis une patate, reconnaît le jeune, mais c’est parce qu’il avait donné une claque à ma mère. »
    Jean-Christophe J. a déjà été condamné à deux reprises, pour extorsion et pour vol. Il est de nouveau convoqué le 30 mars pour dégradations et le 28 juin pour violences. Ses parents ne travaillent pas. Lui a quitté l’école en première année de CAP. Jean-Christophe arbore un visage triste. «Quand je l’ai vu au bord des larmes, j’ai failli pleurer moi aussi. Il va falloir que je m’endurcisse », souffle sa jeune avocate commise d’office.
    Jugement : six mois ferme, maintien en détention.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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