Show et froid

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    Les boules… (photo Guillaume Capron sous CC)

    Aux comparutions immédiates du tribunal d’Amiens, mercredi, c’est ping-pong oral entre le procureur Éric Pouder et l’avocat Stéphane Daquo. Le premier stigmatise les propos du prévenu Pascal L., lequel a expliqué avoir cogné deux victimes parce qu’il se demandait “si ce n’était pas des homosexuels pervers”. Et le représentant du Parquet de regretter que cette homophobie latente n’ait pas été retenue comme une circonstance aggravante.

    “Je suis parfaitement d’accord, renvoie l’avocat. Il faut poursuivre tous ceux qui vilipendent les homosexuels, par exemple le nouveau ministre de la République David Douillet qui a déclaré que “tous les hommes sont misogynes, sauf les tapettes””.

    Pascal… Cet homme de 47 ans aux 28 condamnations participait le week-end dernier au National de pétanque à La Hotoie. Le samedi soir, il a arrosé ses succès et a rencontré deux hommes aussi avinés que lui au coeur de la nuit amiénoise. Dans des circonstances plus que troubles, il a roué de coups un de ses copains de boisson. Pascal est un bûcheron, il en émane une présence physique, presque animale. Dans son genre, il fait le show, profite à fond de cette heure de gloire. À un moment, il mime la bagarre : “Vous voyez madame la présidente, il m’a cogné comme ça, alors je me suis défendu comme ça”. Et ses bras font des moulinets tandis qu’il rentre la tête dans ses épaules. Il vit la scène avec tant de conviction qu’il… donne un coup à l’un des autres prévenus assis dans le box.
    Comme dans toute bonne pièce, après le rire, on passe à l’émotion. La présidente, s’appuyant sur l’enquête sociale, relève qu’il porte le nom d’un homme qu’il n’a jamais connu. Pascal balaie d’un ample geste l’histoire de sa naissance : “J’en ai plus rien à faire. Ça ne change rien à l’histoire, pas vrai ?” Jugement : deux ans ferme, mandat de dépôt.

    – De toute façon, on me juge parce que j’ai un casier, avait-il prévenu.
    – Donc, si j’ai bien compris, avait répondu la présidente, vous avez un casier parce que vous avez un casier ?

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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