Soldes dans le textile

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    Et dans gironde, il y a ronde. (Photo hot gossip Italia sous CC)


    Il porte beau, encore, ce Philippe âgé de 60 ans. Costume gris sur une cravate bleue et une cravate certes désuète, veste en cuir et surtout magnifique chevelure blanche : on dirait un acteur italien sur le retour. On l’imagine sans peine faisant illusion au tribunal de commerce d’Amiens, début 2006, d’autant plus sûr de lui qu’il est le seul sur les rangs au moment de reprendre les dix-huit magasins et le dépôt de Direct, une entreprise de vente textile répartie dans la Somme, l’Aisne, le Nord et le Pas-de-Calais.Il ne lui faudra qu’un an pour déposer le bilan, un an de gestion douteuse, de décisions incompréhensible et d’amateurisme élevé au rang d’art majeur. “J’ai été mauvais”, lâche-t-il à plusieurs reprises tandis qu’il répond de banqueroute, escroquerie et abus de bien social.

    “Le pire, c’est que je ne peux pas dire que les vendeuses étaient mauvaises”

    Et puis il parle, il parle… La présidente relève qu’il a fait état, en 2006, d’une “longue expérience dans le textile”.
    – C’était quoi au juste ?
    – J’ai fait l’Extrême Orient.
    – Ce n’est pas une réponse, on peut faire plein de chose, en extrême Orient…
    Là, on rêve Indochine, jonques, opium ; on perçoit cet ailleurs sublimé par Gabin dans un bordel de Tigreville pour un Belmondo aux yeux embués de Picon ; les murs de la salle 104 du Palais de Justice commenceraient presque à tanguer mais le Philippe nous dépose brusquement à quai. “C’était au Bengladesh. Là-bas, il n’y a pas de frontière douanière, c’est l’idéal.”
    Fin du rêve. Il est moins sympathique, le Vittorio Gassman de la Marne. Tiens, quand il dit “le pire, c’est que je ne peux pas dire que les vendeuses étaient mauvaises”, il sous-entend quoi, dans son “pire” ? Qu’avec des employées – si vite licenciées – un peu malhonnêtes et plutôt fainéantes, l’ordre des choses eût été mieux respecté ? Vient le coup de grâce. Parmi toutes ses erreurs, il ne ressort pas le fait que son fils prélevait ses notes de frais dans les recettes en liquide mais insiste sur ce point : “J’ai acheté de trop petites tailles”. Et puis quoi encore ? Monsieur apprendra que les Picardes ne sont pas grosses. À la rigueur, elles sont potelées, et dans l’extrême majorité des cas, ça les rend plutôt mignonnes.
    Dans gironde, il y a ronde. Et dans aigrefin, il y a aigre.
    Relaxe pour l’escroquerie, six mois avec sursis et 7500 euros d’amende pour le surplus.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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