Son nom est personne

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    “Et peut-être un pack de six mais je ne me souviens pas…” (photo Roy Appleyard sous CC)

    Il s’appelle Laurent Hareux mais son nom est personne. Il est né le
    8 novembre 1974, à Amiens, mais ne fête pas ses anniversaires. Ce n’est pas un hasard si parmi ses dix-huit condamnations figurent plusieurs usurpations d’identité. Quel mal y a-t-il à prendre celle d’un autre quand on ne connaît pas la sienne ?

    “Il est la caricature de ce que peut produire le désamour, plaide Me Véronique Lucas. Il a été abandonné dès la naissance. Il n’a rien, pas de maison, pas de femme, pas d’enfants. Il n’a jamais fait faire une carte d’identité. C’est l’archétype du gars qui n’a rien à perdre.” Depuis le 1er février 2011, il purgeait une nouvelle peine de prison à Amiens. Le 11 mai, il a bénéficié d’une permission afin de se rendre au foyer L’Îlot, où il aurait éventuellement pu loger dans le cadre d’une libération provisoire. Il n’est pas rentré à la maison d’arrêt. “Ça se passait mal en cellule, c’est le bordel, à deux”, justifie-t-il avant de s’adresser à la présidente du ton de celui “qui n’a pas tout ce qu’il faut, comme il faut”, dixit son avocate : “La prison, c’est chiant. Vous ne savez pas, vous, ce que c’est que de rester enfermé toute la journée.” Ben non, la juge ne sait pas ; à l’entrée de l’école de la magistrature, on demande un casier vierge…

    Le 20 mai, Laurent s’est retrouvé à Les Attaques, non loin de Calais. Il a bu ce qui semble
    être pour lui l’unité de base de tout liquide, “un pack de dix “, puis “peut-être un pack de six mais je ne me souviens pas“. Pour changer, il a voulu ajouter un demi-pression à cette déferlante houblonesque mais s’est heurté – allez donc savoir pourquoi – au refus du
    limonadier du coin. Alors il a explosé la vitre d’un abri de bus selon un sain principe : “Je préfère ça que de me battre. En plus, je suis énervé des nerfs”.

    Hareux est condamné à 6 mois de prison supplémentaires. Bonne nouvelle : il a changé de cellule et “maintenant ça se passe bien”. Il va pouvoir continuer à apprendre à lire et à écrire. Poursuivre, surtout, les recherches sur ses origines. Il a déjà obtenu un résultat inespéré : il connaît le nom de ses géniteurs. Il voudrait maintenant une adresse. Gérard et Jacqueline, si par le plus grand des hasards, vous lisez ces lignes, sachez que votre fils a besoin de vous. À 37 ans, il voudrait bien dire autre chose que Hareux…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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