Taille mannequin

    5040865068_964bd3e568_b
    Si la photo tient lieu de sexualité, peut-on apparenter le selfie à la masturbation ? C’était notre légende photo spéciale Saint-Valentin. (MarkScottAustinTX sous CC)

    Pour imaginer Arnaud en recruteur d’une agence de mannequin internationale, il faut un gros effort d’imagination. Dans son pull bleu qui le boudine, son jean’s informe, ses tennis fatiguées, il évoque une fashion week qui se serait déroulée il y a longtemps, très longtemps, ni à Milan ou avenue Montaigne mais plutôt dans le village du canton d’Ailly où à 22 ans il vit toujours avec papa et maman, encalminé dans une réalité professionnelle peu emballante, entre son dernier CDD comme employé agricole et son projet de devenir technico-commercial.

    En février 2015, il se crée un faux profil Facebook et invite des amies (qui ne savent pas qui il est) et des amies d’amies à postuler pour un shooting professionnel. Il prévient : « Attention, le nombre de places sera très limité ». Dans nos campagnes, les Emma Bovary de 2015 ne se rêvent plus en héroïnes de roman mais en Claudia Schiffer. C’est ainsi que 95 jeunes filles, sublimes de naïveté, enverront à Arnaud une photo d’elle en culotte, en string ou en collants. Une seule posera seins nus, notent avec un professionnalisme qui les honore les gendarmes.

    Le (très) gros problème, c’est qu’une partie non négligeable de ce gynécée virtuel était mineure, et même qu’une proportion importante avait moins de quinze ans quand elle s’est rêvée en star de la mode. Parmi elles se trouvait la jeune Melinda dont le papa a fort mal pris la chose, quand il a eu l’impudence de consulter son compte Facebook, journal intime des temps moderne.

    Il a porté plainte et Arnaud s’est retrouvé devant le tribunal. « J’ai eu l’idée en 2013, avoue-t-il. Au début c’était un amusement mais je reconnais qu’après, c’est devenu un besoin. Quand les parents me demandaient le nom de l’agence, je ne donnais pas suite. Je me suis rendu compte que ça allait trop loin. J’avais tout arrêté avant d’être interpellé. »

    Jugement : six mois avec sursis.

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Scènes de la nuit ordinaire

    La présidente Yasmine Hédin soupire… « Tout ça est très compliqué. Pour y voir plus ...

    Un larcin rural

    Père et fils à la barre : ça arrive mais ça n’est pas très ...

    Voyez L’Hermine, sans doute

    Si vous lisez ces quelques lignes, c’est la vie judiciaire vous intéresse. Je suis ...

    Le linge sale en famille

    La petite dame permanentée de frais pourrait servir d’égérie à une campagne de pub pour l’institut ...

    Retardée

    Natacha est vêtue du coupe-vent d’un club équestre et porte une queue de cheval… ...

    Match nul

    Le premier, Jérémie, 30 ans, pousse la porte du commissariat d’Amiens pour porter plainte ...