Tanguy de Méaulte

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    L’électricté, c’est pas son truc. Jusqu’à ce qu’il pète un câble. (photo Kate Ter Haar sous CC)

    Dans Tanguy (2001), le réalisateur Etienne Chatilliez narrait les mésaventures d’un couple au désespoir de se séparer de son fils, brillant étudiant qui se sent si bien chez papa-maman qu’il s’y impose jusqu’à ses 30 ans. Ça, c’était la version souriante. Avec Jérôme, 21 ans, on découvre la face sombre de Tanguy, pas dans les beaux quartiers mais à Méaulte, satellite industrieux de la ville d’Albert ; pas en Langues Orientales mais en foyer, de ses 14 à ses 17 ans ; pas un fils unique choyé mais le deuxième de quatre frères, tous de pères différents (du sien, il ne sait rien à part le nom qu’il porte).

    Jérôme, c’est sa mère qui en parle le mieux : “Je ne me sens plus chez moi. Il me donne des ordres, il m’insulte. Il ne fait rien, il sort tous les soirs et il se lève à pas d’heure. Il prend ses frères pour des boys. Il se croit tout permis. Je ne veux plus de lui chez moi…” Le 22 novembre, vers 16 h 15, il était levé depuis peu. Il a demandé à sa mère son portable pour appeler des copains. Elle a refusé : “Il m’a déjà fait une facture de 305 euros en deux mois !” Il a renversé la poubelle et a ordonné : “Tu ramasses !” Il a pris le fixe pour téléphoner de la salle de bains puis, à cause d’une malheureuse remarque, a fracassé l’appareil au sol. “Si tu appelles les gendarmes, ça ira mal pour toi”, a-t-il prévenu. Elle l’a fait, néanmoins, ce qui a permis aux militaires de constater que même devant eux, le gamin traitait sa mère de “conne”. Jérôme est en prison, depuis, pour purger des peines liées aux stupéfiants (“Je fume pour me détendre”, justifie-t-il). Même en confrontation, il n’a pas vacillé : “Elle ne va pas me mettre à la porte comme ça. Il faut qu’elle m’aide à trouver un appartement et un emploi. En attendant, c’est chez moi”. Son beau-père l’avait bien emmené sur les chantiers, mais il a cessé de se lever au bout de cinq jours : “L’électricité, c’est pas mon truc. Je reconnais, je suis difficile”. Devant ses juges, tout juste concède-t-il : “C’est vrai, on manque de dialogue dans la famille, mais ça va s’arranger.”

    Jugement : deux mois ferme.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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