Tant que ça reste en famille

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    Rire jaune. (cyclonebill sous CC)

    Elle ne fait pas ses 16 ans, engoncée dans sa veste de survêtement du même noir que ses cheveux. Elle oppose un regard buté aux avocats, aux juges, à la procureure, à sa mère, à son beau-frère. À son beau-frère, surtout.

    L’IME où cette gamine de l’Est de la Somme est scolarisée avait bien vu que son comportement changeait, au début de l’année. Elle a fini par confier à une copine que le mari de sa soeur lui avait fait “des choses”. Cette amie n’était pas sa première confidente. Auparavant, elle s’était naturellement tournée vers sa famille pour détailler les genoux qui la bloquent, les caresses dans le slip et sous le soutien-gorge, sa bataille pour se défendre et se sauver dans la chambre de son petit frère. La tribu l’a écoutée, religieusement. La mère ne savait que faire, mais le père a tranché : «Ça doit être vrai, mais il ne faut pas en parler ». On a convoqué le fautif, qui a reconnu être entré par la fenêtre de la chambre de l’adolescente après une soirée familiale bien arrosée lors de laquelle il avait ingurgité «au moins une demi-bouteille de pastis, et quelques bières fortes en cinquante centilitres ». Il a aussitôt ajouté : «Si tu portes plainte, je me tire une balle dans la tête. Tu expliqueras pourquoi à tes deux cousines ». Elle aurait dû lui dire chiche…

    Quant à la femme du prévenu, soeur de la victime, son réflexe a été d’accuser sa frangine de mensonge, puis de provocation. À la barre, fin août, la gamine est accompagnée de sa mère, représentante légale qui doit fixer le préjudice. «Le quoi ? Je ne comprends rien. » On la presse : «Vous constituez-vous partie civile ? » Elle se tourne vers le prévenu, vers la femme de celui-ci, vers le pater familias trônant dans la salle : «Non, non… Vous savez, moi, je n’ai porté plainte que parce qu’ils l’avaient placée. C’était pour la récupérer, c’est tout. » Et peut-être pour retrouver la joie mensuelle du versement des allocations familiales, mais chut, ça ne se dit pas…

    La procureure Wipf intervient à bon escient : «Cette femme est incapable de protéger sa fille. Il faut nommer un administrateur ». Pour le préjudice, on attendra un peu. En attendant, le beau-frère est condamné à deux ans de prison avec sursis et interdiction d’entrer en contact avec la victime. Jusqu’à la prochaine bouteille de pastis…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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