Tout doit disparaître

     

    Adrien et Laëtitia, la trentaine, se sont connus à l’hôpital psychiatrique Philippe-Pinel ; ça vous plante le décor. Lui soignait son alcoolisme et elle sa dépression. « Un paralytique a tendu la main à un cul-de-jatte », résume l’avocat (expression qui ne fonctionne pas avec les manchots).

    Leur concubinage commence en décembre 2013. Il ne lui faut pas longtemps pour se montrer violent. Elle porte plainte. Vu son casier judiciaire, il part au trou et n’en ressort que début juillet 2014, pour mieux reprendre la vie conjugale. Le 9 juillet, déjà, il la claque contre un mur. Elle téléphone à la police.

    Vu par lui, cet été, c’est idyllique : « l’amour parfait ! des projets ! » Il insiste : « Je n’ai pas bu une goutte d’alcool de l’été ».

    La présidente tique :

    – Ne dites pas n’importe quoi. Le 9 juillet, vous avez reconnu avoir vidé une bouteille de whisky.

    – Oui, sauf ce jour-là.

    Ils partent en vacances. Sur la route du retour, le 7 septembre, le téléphone sonne. Ce n’est ni un beau roman, ni une belle histoire. « J’ai été surpris de recevoir un coup de fil d’une commissaire après deux mois d’amour intense.”

    Il le prend très mal. Laëtitia a heureusement la bonne idée de se réfugier chez ses parents. Adrien boit, ingurgite « un bol entier de médicaments » et s’en prend, pas qu’un peu, à l’appartement. Il coupe tous les fils électriques, explose la télé, détruit consciencieusement aux ciseaux les papiers de sa copine, jette du parfum (« je le lui avais offert »), lacère ses chaussures, asperge tous ses vêtements de bombe aérosol. « Elle a détruit ma vie, je détruis la sienne », résume-t-il avec une belle franchise. A la barre, la jolie blonde en pleure encore : « Même ce qui a été peinturé, ça a été découpé ». La présidente parle de « destruction totale et méthodique ».

    Jugement : un an ferme, mandat de dépôt.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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