Tout est permis pour sauver sa peau

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    Accusez le préfet d’avoir fabriqué de la fausse monnaie. Vous ne serez pas plus avancé mais qu’est-ce que vous rigolerez. (Cory Doctorow sous CC)

    Loïc, 25 ans, est cité pour dénonciation calomnieuse (jugement le 6 décembre) «à la diligence de la partie civile ». Ça ne signifie pas que le procès se tient dans une voiture hippomobile, mais que la victime, et non le parquet, se trouve à l’origine des poursuites.

    En mars 2010, le supermarché Aldi de Vignacourt (canton de Picquigny) est victime d’un braquage. Un témoin décrit une voiture garée à proximité, qui ressemble à la 206 de Loïc. Le lendemain, il serait d’ailleurs vu au volant de ce véhicule avec deux individus cagoulés. Le 29 juin (on a déjà vu des enquêtes plus rapides…), il est placé en garde à vue et en fin de journée crache le morceau : oui, il était le conducteur ; oui, il a conduit ses copains Wil et Nordine sur le lieu du crime. Les deux lascars sont interpellés et mis en examen. Tout le monde est placé en détention provisoire, même si Wil et Nordine crient leur innocence.

    Au bout de deux mois, coup de théâtre : «J’ai menti. J’espérais qu’en avouant, les gendarmes nous laisseraient rentrer chez nous mais j’ai fait pire que mieux », reconnaît Loïc. Il cite des éléments d’emplois du temps qui dans un premier temps conduisent le juge à lever la détention, dans un second à prononcer un non lieu. Pour Wil, la pilule est amère : « Il est de Flixecourt, c’est une petite ville où tout se sait. Les gens se diront toujours qu’il n’y a pas de fumée sans feu », regrette son avocat Jérôme Crépin. Certes, il a touché un dédommagement de l’État, 5 000 euros. Me Crépin balaie l’argument : «Moi, vous pouvez me proposer un million, je ne vais pas un mois en maison d’arrêt ! »

    Me Sonia Houzé plaide la relaxe avec un argument de droit que le grand public ignore : il n’y a pas de diffamation possible dès lors que l’on fabule dans le cadre de sa défense. Autrement dit, une supposition que vous soyez arrêtés avec 100 000 euros de faux billets dans votre coffre, de la cocaïne dans le pare-choc et un diamant volé dans le klaxon : vous pouvez affirmer que Manuel Valls a imprimé la monnaie de singe, le maire d’Amiens fabriqué la chnouf et le préfet taillé le caillou, on ne vous reprochera rien. Le temps de vérifier, attendez-vous à entendre parler du pays mais avouez que vous aurez bien rigolé…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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