Tristes vies, belle histoire

    Le 13 mars dernier, les gendarmes d’Albert sont appelés par des riverains de l’avenue du Général de Gaulle. Qui est le plus effrayé quand, à 17 h 55, ils se retrouvent nez à nez avec un individu ivre armé d’un « fusil de chasse Vernet Caron deux coups superposé » (la précision des procès-verbaux gendarmesques devrait être citée en exemple dans les écoles de journalisme) ? C’est Guillaume le plus apeuré du lot. Il pose l’arme au sol et lève les mains en criant « J’ai rien fait ! J’ai rien fait ! »

    Rien, sinon se balader avec un fusil en ville alors que la loi, et de manière superfétatoire son casier judiciaire, l’interdisent formellement. Pour l’entendre, les militaires ont dû se soumettre à une sorte d’horloge liquide qui veut qu’un individu normal perdre 0.15 gramme par heure. Autant dire pas tout de suite, vu qu’ils avaient cueilli Guillaume avec 2.76 grammes. « C’était de la vodka, a-t-il justifié. C’est vrai, je bois beaucoup… Surtout depuis que ma femme m’a quitté et que je me suis retrouvé à la rue »

    Bref, l’homme de 38 ans file tout droit vers le trou quand on comprend, à l’audience de comparution où l’assiste Me Djamila Berriah, qu’au milieu de son éthylisme, il a peut-être pour une fois agi en bon citoyen. La veille, le 12 mars, Guillaume a passé la soirée avec plus saoul et plus que désespéré que lui. « L’amie de Léon l’a quitté et il le prend mal. J’ai eu peur qu’il fasse une bêtise alors j’ai pris son fusil », réussit-il à se souvenir. En habitué des tribunaux, il a pris soin d’appeler le siège amiénois de la gendarmerie pour signaler qu’il se trouvait en possession d’un fusil, puis il est rentré cuver dans son abri de fortune, sur le parking de l’ancien Aldi. Le lendemain, en toute logique, il a décidé de rendre l’arme à Léon, qui n’a pas répondu à ses coups de sonnette. Et c’est ainsi qu’il s’est retrouvé armé et errant dans les rues, sorte de Steve Mc Queen de la cité d’Ancre. Tout ce que racontait Guillaume, les enquêteurs l’ont vérifié : leur collègue se souvenait très bien de cet étrange coup de fil reçu à 5 h 27 (la précision, toujours la précision…) Quant à Léon, il a confirmé. Enfin pas tout de suite… Il a quand même fallu laisser ses vapeurs de rosé s’évaporer avant de l’auditionner.

    C’est finalement une belle histoire dans de tristes vies. Un parquetier a néanmoins décidé de présenter Guillaume en comparution immédiate pour port d’arme interdit. Me Berriah a bien plaidé. Guillaume a été relaxé.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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