Trois gars sur une photo

    night
    C’est beau une ville la nuit.

    Vous n’avez rien trouvé de plus intelligent à faire que d’envoyer une photo au Courrier picard. On vous y voit tous les trois, rigolards, avec l’uniforme du quartier – survêtement de marque  et petite pochette en bandoulière – immortalisés le vendredi soir où vous aviez été condamnés à de la prison ferme par le tribunal d’Amiens pour avoir participé aux émeutes d’août 2012.

    Vous brilliez par votre absence à l’énoncé du jugement. Dommage, la magistrate avait longuement justifié chacune des peines prononcées. Elle espérait peut-être encore vous faire entendre raison. Nous, en voyant cette photo digne d’un camp de vacances pour sales gamins, nous avons compris que vous ne comprendriez jamais…

    Vous avez fait pour plus d’un million de dégâts, brûlé une école, détruit la salle de musculation, attaqué le collège. Ils n’ont pas été construit pour les bourgeois du centre-ville mais pour vous, vos petits frères, vos grandes sœurs… Vous avez harcelé les policiers après avoir soigneusement grillé toutes les lumières du quartier. Vous leur reprochiez un contrôle routier dans votre fief alors que se tenait une veillée de deuil, quelques jours plus tôt. On n’écrira pas ici qu’ils font toujours assaut de diplomatie, de tact, et pour tout dire d’intelligence, mais de quel droit interdiriez-vous à tout ce qui représente la société que vous honnissez – flics, pompiers, journalistes, et même agents d’entretien des cages d’escalier – de pénétrer le château-fort dont vous soutenez les murs à longueur de journée ? Parce qu’ils seraient témoins de vos petits trafics ? Eh ! les gars, dans ce cas, soyez des rebelles jusqu’au bout : vomissez les allocations familiales, bannissez le RSA.

    Le pire, c’est que vous avez quelques excuses. On peut en témoigner. La semaine dernière, l’avocate de la ville d’Amiens a déposé ses conclusions par écrit. De tels dégâts ne méritaient pas une plaidoirie. Sur les 55 élus municipaux, aucun n’a trouvé une demi-journée pour assister aux débats. Quant à la famille d’un de vous trois, elle a agoni la presse, la justice, la police d’injures ; la première ment dans son « journal de merde », la deuxième est « pourrie » et la troisième vous a « provoqués ». Aucun mot pour admettre qu’avec vos 19 mentions au casier judiciaire, vous n’étiez pas seulement une victime.

    Au fait, on n’a pas passé la photo dans le journal. On a pensé à vous, à l’impression catastrophique qu’elle ferait sur des juges de cour d’appel. On a encore été bien gentil…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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