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Histoires de prétoire

Trop belle pour eux

S’il vous vient à l’idée de rouler en bordure de la route de la légalité (qui va tout droit, évidemment), un bon conseil : évitez de le faire en Porsche. Le fisc s’est, en effet, intéressé aux affaires de Yacine, étonné que cet Amiénois de 33 ans se déplaçât au volant d’une Panamera (valeur à neuf : « à partir de 93 407 euros », nous informe aimablement le site de la marque).

Deutsche qualität (michael neukirchen sous CC)

Ses comptes bancaires ont été épluchés. On a alors découvert que parmi ses revenus figuraient de nombreux versements d’un récupérateur de métaux, pour un montant de 30 000 euros, auxquels s’ajoutent 25 000 euros versés sur le compte de sa femme.

« Je travaillais dans le bâtiment et je récupérais la ferraille qui partait à la benne, je ne savais pas qu’il fallait le déclarer », avance-t-il, sans convaincre le procureur pour qui « il faisait commerce, en achetant et en revendant, certainement pas en se contentant de récupérer ».
Chemin faisant, l’enquête découvre que la grosse Porsche n’est pas au nom de Yacine, mais à celui de son beau-frère Yannick, 38 ans. Pourquoi ? « Parce que je l’ai achetée !, s’exclame-t-il. Je l’ai eue pour 10000 euros parce que c’était une épave. Je connaissais du monde et j’ai réussi à changer le moteur pour 20 000 euros. Mais bon, je suis chauffeur de bus, alors vis-à-vis de mes collègues de travail, je me voyais mal me balader dans Amiens en Panamera ». L’assurance était contractée au nom de Yacine. Pourquoi ? « Parce qu’il roule avec ! justifie, toujours dans un grand sourire, Yannick. C’est mon beau-frère, j’ai une totale confiance en lui. »
Plus troublant : pendant l’enquête, Leïla, la femme de Yacine, a semblé découvrir que la voiture n’appartenait pas à son mari. C’est ainsi qu’elle comparaît, tout comme les deux hommes, pour blanchiment du produit d’un délit. « Avec eux, tout est flou », bougonne le procureur, qui requiert, entre autres, la confiscation de la grosse berline. « Dans ce pays, il ne fait pas bon entreprendre », plaide M e Fay qui relève que pour 55 000 euros de vente de ferraille, le seul régime social des indépendants réclame 15 000 euros de cotisations ! « Et puis ce n’est pas parce que l’on roule en Porsche qu’on est riche ! » Plus le procès avance, plus c’est compliqué. La présidente se tourne vers ses assesseurs : « On pourrait mettre en délibéré, non ? Vous en pensez quoi ? » Ils opinent du chef. Yacine, Yannick et Leïla attendront donc le 6 juillet pour savoir quelle peine les frappe. Et accessoirement dans quelle voiture ils partiront en vacances.
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By Tony Poulain

Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis.

Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles.

Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? »

Tony Poulain

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