Un évadé fiscal

    5684263439_eaa0e1c2c8_o
    photo Stéphane DEMOLOMBE sous CC

    La tête dans le sable, il a refusé d’affronter les problèmes mais quand il s’est retrouvé devant le tribunal, la sanction a piqué : Antoine se retrouve sous l’empire de l'”autruche-on crie”.

    Après une belle carrière dans l’optimisation industrielle, cet Amiénois de 46 ans se lance, d’abord avec bonheur, dans les énergies renouvelables, notamment les pompes à chaleur. Une double crise passe par là entre 2010 et 2012 : la crise économique d’abord, mais aussi une bérézina familiale qu’il retrace des sanglots dans la voix : “Ma fille aîné a développé une phobie scolaire. Elle a mobilisé toute notre attention au point qu’avec ma femme, nous n’avons pas vu que la petite était harcelée. Elle a fini par faire une tentative de suicide et a fini en hôpital psychiatrique”

    Pendant ce temps, les factures s’accumulent, l’expert-comptable n’est plus payé jette l’éponge. Le fisc réclame son dû des années précédentes mais ne reçoit de réponse ni à ses courriers simples, ni à ses recommandés, qu’Antoine refuse de signer. “Vous vous êtes mis dans une telle situation, lui reproche une  fonctionnaire devant le tribunal. On n’avait pas d’interlocuteur ! Jamais vous ne nous avez écrit !” Antoine lui répond par des excuses dignes d’un gamin de maternelle : “J’avais des problèmes de poste, je n’ai pas reçu la notification de redressement, mes papiers ont disparu lors d’un cambriolage”. “On n’a pas retrouvé de dépôt de plainte”, lui fait remarquer la présidente.

    La procédure suit son cours. L’administration estime, recoupe, arrondit et dresse une bien nommée douloureuse de presque 300000 euros. Contrairement à la légende, on parvient la plupart du temps à un arrangement avec les impôts, mais Antoine a “tout laissé couler”, comme résume le procureur, au point qu’il finit par être poursuivi pénalement. “J’étais débordé par les événements, j’étais dans une tornade” avoue cet homme fatigué dans son modeste gilet suspendu par un début de bidoche sur un jeans informe, “mais là, je reprends les choses en mains”.

    Jugement : huit mois avec sursis.

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !
    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Une porte à réparer

    Thierry, 63 ans, a connu de ces honneurs dont on se passe bien : ...

    Une femme

    Racine et Shakespeare n’arriveront jamais à épater cette jeune femme, croisée et admirée deux ...

    De vrais enfants

    Gérard habite seul avec maman, pas dans un très vieil appartement rue Sarasate, comme dans ...

    La fête des mères

    Il y aurait un livre à faire rien que sur les mères que l’on ...

    La petite Anglaise et le jeune homme sans dents

    On naît tous égaux mais certains sont un peu moins égaux que les autres. ...

    Procédure abusive

    Guy, 77 ans, est au bord de l’explosion. Son visage est rouge, son ventre ...