Un prématuré de neuf mois

    Muanza Nzingani, 25 ans, est un drôle de bonhomme, qui se dit incapable de citer son adresse : «J’ai déménagé il n’y a pas longtemps, alors… Je crois que c’est du côté de Longueau… »

    A l’automne dernier, ce garçon dont le casier compte quinze mentions (des stups et des violences) bénéficie d’une mesure de clémence : un placement en chantier extérieur pour finir de purger sa condamnation hors les murs de la prison. On lui fournit même un logement dans Amiens. Sa peine doit s’achever le 23 octobre, mais le 10 du mois, il est convoqué au commissariat pour une nouvelle affaire de drogue. Il ne s’y rendra pas et abandonnera du même coup le chantier de menuiserie, devenant ipso facto un évadé. «Ma copine venait de m’annoncer qu’elle était enceinte. Je voulais assister à l’accouchement, vivre ça au moins une fois. C’est mon premier », explique-t-il des trémolos dans la voix. On s’inquiète de l’état de santé de la dame. Muanza ressort les violons : «Ce sera un prématuré mais les médecins veulent qu’elle atteigne le septième mois. » La jeune procureure Naïma Ben Ahmed compte sur ses doigts : «Dites, je voudrais comprendre. Votre femme, elle attend un prématuré depuis neuf mois ? »

    Le 16 juin, Muanza a voulu échapper à un contrôle, s’est réfugié sous un 4X4 mais a été repéré parce que ses pieds dépassaient. Après le coup de la grossesse, on peine à le croire quand il accuse six CRS de l’avoir passé à tabac trois jours avant sa comparution sans que son corps ne porte le moindre stigmate de la rixe. «Six policiers, donc douze rangers, vous martèlent de coups et vous n’avez pas une égratignure ? », s’emporte Me Bertrandie, avocate attitrée des policiers. Muanza leur reproche également de propos racistes («T’aurais dû te cacher dans un arbre », «Désolé, sur un fond noir, je t’ai pas vu »). «Le recrutement dans la police est varié. C’est une calomnie d’accuser les fonctionnaires de racisme », s’étrangle Me Bertrandie, emportée par son élan. (On lui dit que les Bisounours n’existent pas en vrai ou on laisse filer ?)

    Jugement : six mois ferme, mandat de dépôt. Muanza Nzingani arrivera trop tard à la maternité…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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