UN RÉFUGIÉ AU PARFUM

    On parle beaucoup des réfugiés.

    Ce matin-là, au tribunal d’Amiens, on en voit un. Son visage est jeune, sa coupe de cheveux étudiée, sa petite barbiche bien taillée.

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    Evidemment, Lagos (Nigeria), ça vous ferait passer Amiens pour le Beverly Hills de l’Atlantique ouest… (Stefan Magdalinski sous CC)

    Olalekan est né 24 ans plus tôt à Somolu Lagos, au Nigeria. Avec plus de 181 millions d’habitants, c’est le pays le plus peuplé d’Afrique et le septième du monde. Entre la corruption, les coups d’Etat et les raids de la secte islamique Boko Haram, le Nigeria ne tient pas du paradis sur terre. C’est ainsi qu’Olalekan a atterri en France. « Je ne veux surtout pas retourner dans mon pays, je risque d’y être tué », explique-t-il en anglais que traduit une interprète rémunérée par le ministère de la Justice.

    Il est logé et nourri dans un foyer, touche 220 euros par mois versés par l’OFII (office francais de l’immigration et de l’integration). Oh, ce n’est pas le Pérou, mais c’est surement mieux que le Nigéria.

    Le 26 janvier 2016, Olalekan a été pincé par un vigile des Galeries Lafayette dans une cabine d’essayage, tandis qu’il tentait d’arracher l’antivol d’une bouteille de parfum Yves Saint Laurent. A la barre, il sert une excuse bidon : « Je voulais juste l’essayer mais pas devant tout le monde. Après, je l’aurais ramené ». Ben tiens…

    Au commissariat, on s’est rendu compte qu’il faisait l’objet d’une obligation de quitter le territoire… et on l’a laissé retourner dans son foyer. « A croire qu’on a considéré qu’il ne présentait aucun danger pour la communauté », note son avocat.

    A l’audience de septembre, Olalekan a été condamné à un mois avec sursis, et il est reparti tranquillement, dans ses belles baskets Adidas.

    La juge avait essayé de lui faire dire que la première des politesses, dans un pays hôte, c’est de ne pas voler. « Qu’est-ce qu’il faut d’abord faire pour être régularisé ? », lui demande-t-elle. La réponse du bon élève, ce serait « respecter la loi, apprendre la langue, répondre aux convocations », mais il ne saisit pas la perche : « Remplir un formulaire », répond-il.

    Entendons-nous : on ne souhaite pas à Olalekan de retourner dans ce qu’il décrit comme un enfer. On suppose juste que quand il joint la famille par internet, il ne peut que l’inciter à tenter le voyage en lui disant que la France, le plus dur, c’est d’y rentrer. Après…

     

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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