Un wagon nommé désir

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    Ce n’était pas le meilleur moyen d’avoir un ticket avec elle.

    Dany s’installe à la barre du tribunal comme s’il allait commander un demi-pression, le coude étalé sur la rambarde, le regard, derrière des verres épais, en diagonale vers la présidente. Il porte un blouson à carreaux verts et bleus dont il a remonté les manches, pour mieux exhiber un tatouage en forme de fleur. À ses grosses chaussures en cuir marron, il a osé allier un pantalon de survêtement. Des boucles d’oreille, une chevalière et une montre lourde comme un cheval mort complètent l’ensemble.

    Le 26 juillet, Cassandra a une fois de plus croisé le chemin de Dany, dans le train de 6 h 30 qui, entre Albert et Amiens, les emmenait tous deux vers le travail. «Ça faisait bien un mois qu’il me regardait avec insistance », se souvient la très jeune fille. Ce jour-là, il s’est enhardi. Il lui a dit «t’es belle ». Elle l’a rembarré, pas rassurée du tout dans ce wagon vide. Alors il a posé les mains sur ses jambes, elle l’a repoussé, il a tenté de lui toucher les seins, elle a crié, il s’est sauvé en courant non sans lui lancer : «Je vais te violer ». Traumatisée à l’époque comme elle l’est encore à l’audience d’octobre, elle a laissé tomber son apprentissage. Dany comprend-il tout ça ? Il est déficient mental. Pas un petit fou avec un entonnoir sur la tête, juste un attardé capable de vivre en foyer et de travailler en CAT. Mais aussi un gars capable d’être «agressif », sujet à des «pulsions sexuelles » d’après sa tutrice. Il y a eu quelques précédents mais qui n’ont pas débouché sur des actions pénales. «On m’a grondé », se souvient le grand enfant de 46 ans. Au psychiatre, il a confié son envie de «toucher des filles belles ». On se dit qu’il n’est pas seul. «Et vous croyez qu’il suffit de vouloir ? » lui demande la présidente. On comprend pourquoi il n’est pas seul. Dany a bien une copine. Une retraitée, elle aussi hébergée dans un foyer. « Je voulais avoir une jeune », a-t-il expliqué aux policiers, ce qui constitue une des plus longues phrases qu’il soit capable d’émettre. Dany a été condamné à 12 mois avec sursis accompagnés d’un suivi socio-judiciaire. La juge a tenté de lui expliquer le dispositif puis, devant son regard perdu, a jeté l’éponge : «Vous verrez ça avec votre tutrice, elle vous expliquera ».

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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