Une année noire

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    Un trou noir, à Ailly-sur-Noye. Et ce ne serait pas une excuse à la noix… (photo NASA Goddard Space Flight Center sous CC)

    Le 13 octobre 2010, une vendeuse d’Intermarché, à Ailly-sur-Noye (Somme), se croit sujette à la berlue : sous ses yeux, une cliente achève de remplir son cinquième chariot. À l’intérieur, des télés, des jeux vidéo, des vêtements…

    Andrée explique qu’elle oeuvre pour une association humanitaire. De fait, l’ASED existe bien. Elle a été créée par Nelly, la soeur d’Andrée, maman d’une petite fille victime d’une maladie orpheline : le syndrome d’Ehlers-Danlos. Méfiant, le directeur du magasin appelle Nelly, dans l’Essone, qui lui confirme les dires de sa soeur. Alors les courses continuent. “Elle achetait tout ce qu’elle voyait”, se souvient une caissière. Andrée remplit sept chariots et règle par chèque la note de 5 500 euros. Dès le lendemain, le chèque est refusé. Intermarché porte plainte. Les gendarmes font le lien avec la plainte d’une bijoutière de Moreuil, à qui Andrée a laissé une ardoise de 1 500 euros pour des bijoux achetés, là encore, de manière compulsive.

    Jeudi matin, au tribunal correctionnel d’Amiens, la frêle quinquagénaire, engoncée dans une veste polaire, ne peut réprimer un tremblement. “J’ai fait plein de bêtises cette année-là… soupire-t-elle. 2010, c’est une année où j’ai l’impression de ne pas avoir passé d’année.” Lors de sa première comparution, elle n’avait pas reconnu les faits. Là, elle passe condamnation : “J’ai plein de trous noirs mais si vous le dites, c’est vrai”. Elle s’était séparée, suivait un lourd et inadapté traitement aux anxiolytiques. Sa soeur le savait et explique avoir menti au directeur d’Inter parce qu’elle avait bien senti qu’Andrée faisait une bêtise. L’expert psychiatre parle d’une «décompensation très sévère » et conclut, fait rare, à une “abolition du discernement”. En toute logique, le tribunal ne la reconnaît donc pas pénalement responsable de ses actes.

    Reste la question du butin : on n’a rien retrouvé. “Je ne m’en souviens pas, lâche Andrée. Vous savez, cette année-là, j’ai fait n’importe quoi. J’ai même vidé ma maison pour donner mes meubles à des gens”.
    “Les télés, elles n’ont pas été perdues pour tout le monde”, maugrée l’avocate d’Inter.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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