Une belle jambe

    Le 11 septembre – un jour de grande catastrophe – on découvrira qui des dirigeants de Sup de Co s’est rendu coupable de harcèlement. On sait déjà une chose : ceux qui ont approché ce dossier tentaculaire s’en souviendront longtemps. Côté presse, avocats et magistrats, on «aura fait » Sup de Co comme les vétérans disent qu’ils ont «fait l’Indo ». Côté partie civile – ce défilé de gueules cassées par le travail, mais peut-être pas par l’encadrement – la reconstruction sera longue et douloureuse.

    Et puis il y a les prévenus… Les cadres supérieurs de l’école de commerce n’ont pas aimé qu’on les qualifie de «notables » quand le dictionnaire enseigne qu’il s’agit d’un «personnage important d’un groupe humain, d’une ville, d’une région ». Que sont-ils d’autres, tous directeurs de quelque chose, reconnus, estimés, intelligents, loquaces ? Jusqu’au bout, ils ont donné l’impression de dénier à la société le droit de les asseoir sur le banc d’infamie. Une femme s’était suicidée sur son lieu de travail, cinq autres végétaient en arrêt maladie mais « il n’y a pas d’affaire Sup de Co » faisaient-ils savoir. Ce quintet de bourgeois bien habillés fait évidemment la saveur de l’affaire Sup de Co. Il excite les médias, plus habitués à croiser sur le banc précité Rachid d’Amiens-Nord que Pierre-Edouard d’Henriville. Y a-t-il dans cette curiosité quelque chose de malsain, de revanchard ? Ne soyons pas jésuites : oui. On n’a pas toujours été fier que nos photographes disséquassent leurs visages et nos plumes leurs âmes sur cette plateforme médiatique ouverte aux quatre vents, nouvelle place de Grève. On a essayé de faire le métier proprement mais on n’aura pas l’hypocrisie de suggérer qu’un article sur une relaxe, en septembre prochain, effacera l’ardoise. Entendez tout de même qu’il se trouve dans votre comparution un motif de satisfaction plus avouable : la preuve que partout, même à Amiens, tout le monde, même vous, puissant ou misérable, peut être convoqué par la police, placé en garde à vue (quand vous en dénoncez les conditions inhumaines, prions pour que vous soyez un peu plus entendus que les délinquants de base…) et répondre de ses actes devant la justice. D’accord, ça doit vous faire une belle jambe…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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