Une histoire de famille

    L’allure de Florian, 34 ans, ne se croise que dans un vestiaire de footballeurs professionnels ou un box des accusés au tribunal correctionnel : une huppe fournie au centre du crâne et des poils ras tout autour, un collier de barbe et un polo Lacoste noir.

    Menottes aux poignets, entre deux policiers, il fait profil bas. On est loin de la furie que les fonctionnaires ont difficilement appréhendée, le 16 mars, à Longueau, après que la soeur et la mère de Florian eurent appelé au secours. “Si je n’avais pas été là, il aurait tué ma mère”, se souvient Coraline. “Il y revenait sans cesse et il frappait de plus en plus fort. Il faut qu’il se soigne soigneusement”, témoigne la maman, femme fatiguée qui ploie sous le fardeau des soucis, elle qui a subi pendant quinze ans l’agonie d’un mari cancéreux. “Elles ont eu la peur de leur vie”, résume Me Claeys.

    Les policiers cueillent Florian dans sa chambre. Il y fume et boit du pastis. “Allez vous faire enculer. Je suis chez moi, bande de pédés”, les accueille-t-il. L’interpellation est houleuse. A un moment, il exhibe ses parties génitales : “Bande de tarlouzes. C’est avec ma bite que j’encule vos femmes et elles prennent du plaisir”. On se pince pour vérifier que c’est le même individu qui nous fait face, lui qui bredouille tête basse : “Rien ne justifie… J’ai commis l’inexcusable”. La présidente confirme : “Même les policiers nous informent que le reste de la garde à vue s’est bien passé”.

    Son casier sent les stupéfiants. Il ne travaille plus depuis un an et demi, à cause de sa dépression nerveuse.

    Les juges se retirent pour délibérer. Une femme dans la salle prend la parole. A l’occasion, elle partage la vie de Florian. L’avocate Me Yahiaoui lève les bras au ciel : “Vous ne pouviez pas le dire plus tôt, que vous pouviez l’héberger !”

    Jugement : douze mois dont six ferme. Mandat de dépôt.

     

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !
    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Les derniers mots de l’accusé

    La loi dispose qu’au terme d’un procès d’assises, la parole est donnée en dernier ...

    “Un gros porc dégueulasse”

    C’est une jeune Amiénoise de 18 ans, en apparence toute sage, presque timide, qui ...

    Monnaie courante

    La semaine dernière aux assises de l’Oise, on jugeait deux toxicomanes, auteurs d’une série ...

    A perpétuité

    Je m’appelle Dawson. J’avais trois ans et encore cette habitude de me promener tout ...

    Ça soulage

    Son fils vient d’être condamné à quatorze ans de réclusion pour viol et séquestration. ...

    Solde de tout compte

    Toufik, 39 ans, petit homme rond dont les mains s’agitent, est volontiers théâtral : « S’il ...