Une main qui tremble

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    On est toujours puni par où on a péché. (photo jakub sous CC)

    Plus banal que Didier, 50 ans et des poussières, il n’y a pas. Et fidèle, avec ça. Il travaille dans son entreprise depuis 36 ans et vit avec sa femme depuis la même date. “J’ai une belle vie. J’ai de beaux enfants. J’ai du travail “, résume-t-il. Et il précise le plus important à ses yeux : “Je ne suis pas méchant”.

    Parle-t-on du même homme que celui qui, le 17 novembre dernier, a attiré l’oeil d’une jeune femme au volant de son 4X4, en plein jour, à 14 heures sur un boulevard amiénois ? Oui, puisque Didier reconnaît tout ce qu’on lui reproche. C’est donc bien monsieur Tout-le-monde qui avait sorti son sexe de son pantalon et se masturbait avant de filer au boulot. La conductrice a alerté la police. Didier a été interpellé. Déjà, en 2004, il avait été condamné pour des faits identiques.
    Il parle d’une “pulsion” et reconnaît que d’autres scènes ont eu lieu, par exemple dans sa voiture. On lui fait remarquer qu’en novembre, il se trouvait près d’un parc de jeux pour enfants et d’une crèche ; il répond que ça n’a rien à voir. Que c’était “juste comme ça, pour me faire du bien”. Il évoque sa honte devant sa femme et ses enfants, qui lui ont juré qu’ils ne l’abandonneraient pas. Les voisins doivent savoir, “il y a eu un article dans le Courrier”. Alors il n’ose même plus aller au pain. Et puis l’arrêt maladie prendra fin un jour. Il faudra retourner à l’usine. “Les copains aussi doivent être au courant.” Didier expose sa difficulté à se faire soigner : “Pour les psys, il y a une longue liste d’attente. Le problème, c’est qu’ils font du Viagra mais ils ne font pas le sens contraire. Moi, c’est le sens contraire qu’il me faudrait”.
    En début d’année, il a été condamné à huit mois de prison avec sursis mise à l’épreuve comportant l’obligation de soins. Depuis ses cinq jours d’incarcération en novembre, la main de Didier est jour et nuit prise d’un tremblement convulsif. Il ne peut rien y faire. Il a consulté pour voir si c’était physiologique mais non, “c’est dans la tête”. On est toujours puni par où on a péché…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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