Une méchante crise de foi

    rome feb 15 (202)
    On ne peut quand même pas mettre un garde suisse derrière chaque curé.

    On l’a encore vérifié cette semaine à l’occasion du procès d’un prêtre accusé d’agressions sexuelles: à ne plus les côtoyer, la majorité de la population a oublié que les hommes de Dieu sont avant tout des hommes, avec leurs défauts, leurs lâchetés et parfois leurs tares. Pour s’en convaincre, on n’écoutera pas quelque mécréant mais l’avocat du prévenu, Me Trémolet de Villers, associé de longue date aux milieux catholiques: “Moi, je connais et je fréquente la communauté des fidèles depuis de trop longues années, et je peux vous dire que j’ai tout vu, le meilleur et le pire. Les anticléricaux les plus acharnés ne savent rien des turpitudes que l’on rencontre dans l’Église !”

    Mon Dieu, comme il y va ! Le meilleur, on l’a certes croisé cette semaine quand Me Crépin, pas vraiment un crapaud de bénitier, a rendu hommage aux trois prêtres qui pendant dix ans ont alerté en vain leur hiérarchie sur les agissements de leur collègue. Comme souvent en pareil cas – et l’entreprise privée, l’armée ou l’administration ne valent guère mieux – ils n’y ont pas gagné une auréole mais plutôt un lot d’embêtements, de remontrances et pour tout dire de harcèlement. Car passons au pire… À la barre, l’ancien évêque d’Amiens Mgr Bouilleret n’a pas été loin de traiter de menteurs les trois angelots plus haut cités. Lui qui reçut même les confidences de parents d’une victime a justifié avec cynisme ne pas avoir cherché à en savoir davantage. Des fois que ça fâche…

    «J’ai demandé au père G. de se soigner et il ne l’a pas fait, sans me le dire. Là, j’ai été déçu», a-t-il soutenu, faussement naïf. C’est finalement le délinquant sexuel qui a volé à son secours: «Vous reprochez à l’évêque de ne pas avoir vérifié que je me soignais. Mais moi, depuis un an et demi, je suis sous contrôle judiciaire avec obligation de suivre une thérapie. Qui, dans la justice, a vérifié que je le faisais ? Personne».

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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