Une prison parmi d’autres

    La pente savonneuse porte bien mal son nom. Nulle trace de glycérine sur ces chemins qui entraînent le pauvre pécheur vers son enfer mais (la fréquentation du tribunal le démontre quotidiennement) des coulées de bière, des traces indélébiles de whisky, des ronds rouge sang laissés par des culs de bouteilles de vin.

    Depuis quelques années, Christophe n’en finit pas de glisser. Il résume sa vie par les femmes : «La première, elle m’a quitté parce que je buvais. La deuxième, elle était alcoolique. La troisième, elle, pas une goutte ! Mais la quatrième, c’était la catastrophe… » Son tort fut de cogner sur la catastrophe, aux alentours du dernier Noël. Convoqué pour une audience fin mars, il a remis ça lors d’une soirée de beuverie début février. Cette fois, le juge l’a soumis à un contrôle judiciaire strict et convoqué à une audience le 28 du mois. Le 26, Christophe s’est levé tard. En guise de breakfast, il s’est envoyé quelques verres de blended et des canettes de bière. Il s’est recouché et ne s’est réveillé qu’à 17 h 45. Catastrophe ! Il devait pointer à la gendarmerie d’Acheux avant 18 heures ! Il s’y précipite, signe en hâte le registre mais la gendarmette au guichet est une échelle de Beaufort : elle mesure le vent dans les voiles. Pas très fair play, elle ne dissuade pas Christophe de reprendre le volant mais prévient ses collègues, de faction sur la place du chef-lieu, qu’un bon client va mettre le cap vers eux. Pas manqué : Christophe est lesté de 2.22 (les v’là !) grammes d’alcool dans le sang.

    «Je sais que j’étais surveillé, concède le prévenu, présenté menotté lors d’une audience de comparution immédiate, l’autre vendredi. Commej’avais dormi, je n’aurais jamais imaginé avoir un pareil taux. » Il jure avoir fait des efforts pour sortir d’un alcoolisme qu’il date de son divorce, en 2008. Côté famille, c’est la Bérézina. Ses propres parents assurent le droit de visite des enfants de peur qu’il ne les reçoive alcoolisés. Le boulot ne va pas lui remonter le moral : il est salarié de Goodyear Amiens. «Tous les jours, ça fait la une des journaux. C’est sûr, ça se précise… » Dans une pareille grisaille, les six mois avec sursis dont il écope tiennent presque lieu d’éclaircie. Il a échappé à la prison. Enfin, à l’une de ses prisons…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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