United colors of contrôle judiciaire

    149339030_18000c3083_o
    Et la palme de l’ilustration la plus gnangnan du blog est attribuée à… (photo Naughton sous CC)

    On est à la cour d’assises de l’Oise, à Beauvais. Sur le banc des victimes : des Antillais, de Creil. Sur celui des accusés : des Arabes, de Creil également. Et au milieu, quelque chose qui cloche : quatre blancs, «normaux » comme disait Coluche. Le père, secrétaire de l’archevêque d’Auxerre (Yonne) ; la mère, professeur en lycée privé ; la fille, étudiante en droit, engagée chez les scouts ; son ami, tendre et si propre sur lui.

    Ils écarquillent les yeux en entendant parler de stups, de barres de fer, de couteaux et de guns. Mais ils tiennent bon. C’est leur voyage en terre inconnue. Ils sont venus dire du bien d’Elyasse. Elyasse, c’est un drôle de gamin âgé de 22 ans. Son entourage, c’est une caricature pour reportage facile sur les banlieues difficiles : parents immigrés, frères petits dealers, oncle grand bandit. Mais Elyasse n’est pas une caricature. En 1998, en Algérie, la voiture dont il était le passager a percuté un camion. Son père et sa petite cousine sont morts, sa mère et lui ont été blessés. Après dix opérations, il en garde la trace sur une moitié de visage. Ouvert de partout, il s’est renfermé. Il a bien fait ses devoirs du soir. Il rêve d’être astronaute. Il étudie en licence de physique fondamentale.

    Quand il a tué d’un coup de couteau celui qui semblait menacer ses deux frères, une tante a soufflé une solution pour qu’il sorte de prison sous contrôle judiciaire : un vieux prêtre de sa connaissance, reclus au fin fond de la Bourgogne. L’homme d’église est malade d’un cancer. Dans une lettre au tribunal, il décrit ses relations avec le jeune maghrébin, son plaisir à évoquer leurs religions réciproques, son admiration pour sa capacité de travail. La famille propre sur elle a invité Elyasse cinq midis par semaine. «C’est un homme droit », dit le père. «Maintenant, il est des miens », ajoute la mère. «C’est mon ami, mon frère », conclut la fille, Madeleine.

    On voit la scène : les garçons qui révisent sur leur ordinateur, la mère qui annonce l’heure du repas, le musulman et les catholiques qui rompent le pain ensemble, comme des frères. C’est beau comme une pub Benetton. «On n’aurait jamais dû se rencontrer », convient Madeleine. Pourquoi faut-il qu’il y ait mort d’homme pour que ça arrive ?

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Passage à tabac

    On avait déjà apprécié Stéphane quand il était passé en avril pour avoir tapé ...

    Une femme

    Racine et Shakespeare n’arriveront jamais à épater cette jeune femme, croisée et admirée deux ...

    “Il n’a pas pris trois desserts !”

    Il y a des dossiers dans lesquels on sent les juges impatients de cogner, ...

    Psy show

    Le médecin légiste décrit ce qu’il voit, à l’examen du corps ou à l’autopsie. ...

    Besoin d’amour

    Un procès pour harcèlement moral au correctionnel, c’est comme un crime passionnel aux assises. ...

    Le son du silence

    C’est une boule, enveloppée dans un triste gilet épais, bleu sombre sur un jean ...