Vive la samba

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    Les produits laitiers sont nos amis pour la vie (Dion sous CC)


    C’est quoi, un Yop ? Dans notre monde, de ce côté-ci des barreaux, les gamins ouvrent la porte du frigo et se servent. Une fois par semaine, ils crient « Maman, faudra racheter du Yop ».

    Pour Samantha, le 26 novembre 2014 à la maison d’arrêt d’Amiens, une bouteille de Yop, c’était du nectar, du Dom Perignon, de l’ambroisie. Ce flacon en plastique blanc qu’elle avait patiemment cantiné, elle comptait l’offrir à son fils, venu d’Elbeuf en compagnie de son éducatrice pour le premier parloir avec sa mère depuis sept mois.

    On ne laisse pas circuler n’importe quoi dans la prison. Ce n’est pas une crèche en rose et bleu. Des mères ont déjà caché du shit dans des biberons pour alimenter leurs maris. Samantha, 42 ans, le sait. « J’avais fait une demande à monsieur le chef et à monsieur le directeur », indique-t-elle. Ils ne lui ont pas répondu. Elle soupçonne les gardiennes de n’avoir pas transmis : « Les surveillantes à Amiens, c’est le Club Med ». Samantha ne connaît pas le Club Med. Sinon, jamais elle ne le comparerait avec le bâtiment de briques de l’avenue de la Défense Passive…

    Quand les fonctionnaires de l’administration pénitentiaire lui ont dit qu’elle ne pourrait pas passer le portique avec cette fichue bouteille de yaourt, Samantha a craqué. Elles les a traitées de tous les noms, puis, au quartier disciplinaire, leur a craché au visage quand on a tenté de la déshabiller. Conduite au poste de police, elle a fait valser une table avec le micro-ondes qui se trouvait dessus. Du haut de ses seize mentions au casier judiciaire, on ne la lui fait pas : « La fouille doit avoir lieu dans une salle spéciale. Là, il y avait des couverts, de la vaisselle, un micro-ondes. Vive la samba ! »

    La présidente suggère que si elle, la Normande, se retrouve dans cette ville d’Amiens qu’elle honnit tant, c’est peut-être qu’elle a déjà fait du grabuge dans la cité de Corneille… Ou qu’elle l’a demandé… « Y’a pas de risque ! J’ai jamais voulu venir ici ! Rouen, je n’ai jamais vu une prison aussi gentille ! » Samantha a subi un grave accident de moto quand elle avait 19 ans. Depuis, tout son côté gauche est paralysé. C’est celui du cœur. Le 26 novembre 2014, Samantha n’a donc pas vu son fils. « Tout ça pour une histoire de Yop, une histoire de gamin. »

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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