« Vous croyez que c’est invivable ? »

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    Rue Ingres, une bande de jeunes, c’est le harem globe trotters. (Rodney sous CC)

    Il paraît que ça va beaucoup mieux à Amiens Nord. Vaste blague pour qui fréquente assidûment la salle d’audience. Disons simplement que la situation à Amiens Nord fait beaucoup moins de vagues et de bruit, ce qui arrange bien tout le monde.

    Je fantasme ? Je cède à la parano ? Ecoutez plutôt Alan, condamné à un mois ferme pour avoir envoyé des colis sur le mur de la maison d’arrêt le 8 octobre. Oh, ce n’est pas un enfant de chœur ! A 24 ans, il a déjà quatre mentions au casier judiciaire et cinq procédures en cours. Quand même, depuis quelques mois, il semblait sur le chemin de la rédemption : du travail en interim dans le bâtiment, et une carte d’identité. Une carte d’identité ? L’objet vous semble d’une grande banalité « mais vous n’imaginez pas ce que ça représente pour lui de rassembler les papiers et d’obtenir cette carte, témoigne l’avocate Massaouda Yahiaoui. Il a tout simplement l’impression d’obtenir son identité ».

    Alan a même trouvé un logement, chez un copain, mais c’est là que ça se gâte : il réside rue Ingres, au rez-de-chaussée d’un immeuble. On finit souvent au violon quand on habite rue Ingres. Soucieux du bien commun, des jeunes gens répondant à des surnoms aussi délicats que « Film-de-cul » soutiennent les murs du hall d’entrée 24 heures sur 24 de peur qu’ils ne s’effondrent sur un innocent. Ils deviennent beaucoup moins sociables quand des récalcitrants refusent de céder à leurs injonctions et se mettent franchement en rogne quand des inconscients comme Alan ont l’étrange idée de se plaindre à la police. Alors, les vitres sont cassées ; alors, on parle de mettre le feu à l’immeuble. Alors, Alan cède… « On me menace, tout ça, donc je suis un peu obligé de le faire, genre. Je suis harcelé tous le sjours, nin-nin. Vous voulez que je fais quoi ? Vous croyez que c’est invivable ? »

    Très bonne question…

     

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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