Voyez L’Hermine, sans doute

    luchini
    Luchini a été primé à Venise pour ce film. C’est mérité.

    Si vous lisez ces quelques lignes, c’est la vie judiciaire vous intéresse. Je suis donc prêt à parier que vous apprécierez à sa juste valeur L’Hermine, le fil25m de Christian Vincent avec Fabrice Luchini sorti il y a onze jours.

    Pour fréquenter les cours d’assises comme d’autres les bistrots, je peux déjà vous dire que ce que vous verrez est exact. A un ou deux minuscules détails près, le film rend bien compte de ce qu’est un procès d’assises. Luchini y est épatant de sobriété, dans le rôle d’un président bougon et un peu misanthrope, en butte aux ragots d’une sous-préfecture, surtout depuis que de sa désastreuse vie conjugale l’oblige à dormir à l’hôtel. Ce grand comédien se coule aisément dans les habits écarlates de monsieur le président. Normal, les « assiettes » sont aussi un théâtre, dont Christian Vincent a choisi une partie des acteurs parmi la population, ce qui ajoute encore au réalisme.

    A Saint-Omer, il est question de juger un père de famille, accusé du crime horrible d’avoir tué à coups de Rangers son bébé de sept mois. « Je n’ai pas tué ma fille, je ne dirai rien d’autre » se contente de répéter ce taiseux, face à une jeune épouse apeurée, comme on en a tant croisé dans la salle des pas perdus.

    Michel Racine est surnommé « le président à deux chiffres », parce qu’avec lui, on ne prend jamais moins de dix ans. Il va pourtant progresser en humanité tout au long du procès, donc du film, aidé par sa rencontre fortuite avec une de ses jurées suppléantes, franco-danoise jouée par la très belle Sidse Babett Knudsen, remarquée dans la série Borgen sur Arte. Cette bluette pourrait polluer le propos. Elle rappelle au contraire qu’un juge est un être humain, pas un robot, dont la vie extérieure influe forcément sur les décisions.

    On retiendra surtout, avec le président Racine, que le procès ne tend pas forcément vers la vérité. Au palais, il est plus souvent question de son pendant obscur, le doute, ce sacré doute, ce satané doute, qui devrait toujours profiter à l’accuser.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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