François Blondel, l’homme qui murmurait à l’oreille des rockers

    Image=d-20140627-G2XTW9_highCheville ouvrière du Murmure du Son, le plus picard des festivals normands (à la ville d’Eu le 11 juillet), François Blondel a grandi au son de la new wave et du ska.

    Celui-ci pourrait servir de publicité vivante à la fusion des régions: né en Basse-Normandie, il ressemble maintenant aux Trois Villes Sœurs où il a échoué, ni normandes, ni picardes mais un peu des deux.

    Dans deux semaines, François Blondel et la centaine de bénévoles du Murmure du Son ne demanderont pas de passeport au millier de spectateurs qu’ils espèrent attirer dès 18 heures devant la grande scène de la place de la collégiale eudoise, pour entendre des pointures telles que Pigalle, Hollysiz, Naâman, The Lanskies et Nimeo. L’après-midi, sept concerts gratuits dans les rues de la ville auront, on l’espère, rameuté les foules. La veille, vendredi 10, toute une journée (gratuite) est consacrée au jeune public.

    Sur la platine Telefunken

    Avant de signer des groupes, François Blondel, né en 1975, en a beaucoup écouté, dans sa HLM de Granville (Manche), où il était le fils unique d’un employé de la Capitainerie du port et d’une femme de ménage. «Il y a toujours eu de la musique à la maison. Les parents avaient fait l’acquisition d’une superbe platine Telefunken. Mes premiers souvenirs, c’est Fugain et le Big Bazar, Renaud…» À l’époque, la collectivité ne s’appelle pas encore la promiscuité, pas plus que les quartiers populaires ne sont qualifiés de sensibles. «J’étais le plus jeune de l’immeuble. Je passais mon temps avec les autres gamins qui m’ont un peu servi de grands frères», admet François. Ses disques commencent à se faire un peu de place sous la platine: «Soft Cell, OMD, Taxi Girl, Madness mais aussi les punks. J’étais fan de Cure et de Robert Smith. J’avais un peu le look… Dans ma classe, il y avait de vrais punks, avec une crête, une vraie hein! Pas une coiffure de footballeur. Et puis les premiers rappeurs, aussi, avec une horloge en pendentif.»

    Tout commence au bar du Co

    École, collège, lycée… «J’étais bon sans être excellent. Comme plein d‘autres, mon bac B, je l’ai eu à dix et quelque…» On est en 1994. Il part logiquement à Caen, en fac de droit et découvre qu’à l’exception des études, la vie d’étudiant peut être géniale. «L’année suivante, j’ai décidé de monter à Rouen parce qu’à Rennes ou Caen, je savais que les tentations seraient trop fortes.» Il y décroche une licence d’économie en 1999, habite à Bernay où il joue au rugby, et se trouve un boulot de pion qui l’amène à Blangy-sur-Bresle. Bonne pioche: il y rencontre sa future femme (ils ont deux beaux garçons) et un copain en or, Pascal Lambrecq, qui le traîne en 2001 au théâtre des Charmes que Gilles Cauchy («Lui, il a vraiment eu la coiffure de Robert Smith») a créé dix bonnes années plus tôt. «Je découvre aussi le bar du Collège. C’est là que je rencontre ceux qui sont encore mes amis.»

    Tombé dans la Grande Marmite

    François Blondel est aussi heureux et frétillant qu’un poisson manchot qui aurait remonté le channel jusqu’aux galets tréportais (très portés sur quoi, on ne saura jamais) ne serait-ce le silence qui règne dans les nuits eudoises. Quand on est des Trois Villes Sœurs, à l’époque, il faut monter à Amiens ou Rouen pour entendre de la musique vivante. Nécessité faisant loi, c’est ainsi que naissent la Grande Marmite, d’abord, puis le Murmure du Son; au Quartier Morris dans un premier temps, entre collégiale et château dans un second. Au début, le théâtre des Charmes sert de couveuse au festival qui finira par devenir une association à part entière (Antoine Paris en est le nouveau président).

    Toute l’année, François Blondel écoute de la musique (ça ne le change pas) puis décroche son téléphone, quand ce ne sont pas les tourneurs qui le contactent. Ce n’est pas que le festival eudois roule sur l’or mais au moins, les artistes y sont bien reçus. «On les chouchoute. Dans ce milieu, le bouche-à-oreille fonctionne très vite. Un bon repas avec des légumes frais, une loge dans l’aile du château, ça peut faire la différence.» La ville d’Eu, en douze ans, aura ainsi attiré Tiken Jah Fakoly (le plus gros cachet jamais versé, 25 000 euros), Rover, Pauline Croze, les Hush Puppies, Didier Wampas, les Subways, Étienne de Crécy et, ça ne s’invente pas, Granville. Pop, rock, électro: la variété de style est fidèle à la playlist de la HLM de Granville.

    Les amis d’abord

    La programmation est un art délicat, entre critique musical et marchand des souks: «On signe un artiste en novembre et on croise les doigts pour que les médias le passent d’ici à juillet. La cote d’un groupe peut exploser en quelques mois.» Le tout sur fond de crise du disque «qui fait que les artistes ne gagnent plus leur vie que par la scène, d’où des cachets à sept chiffres». Le Murmure ne peut pas s’aligner, et compense par de la débrouillardise, un bénévolat exemplaire et une ambiance à part: «Dans aucune autre ville je ne me suis fait autant d’amis en si peu de temps. Les amis, c’est ce qui m’empêcherait de partir d’ici».

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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