Méconnu Douanier Rousseau

    Son nom est sur toutes les lèvres mais son œuvre ne se résume pas à une patte enfantine ou à quelque exotisme de pacotille. Il est temps de le redécouvrir.

    14. Douanier Rousseau_La GuerreÀ quoi tient la postérité… Chaque samedi soir, le nom du Douanier Rousseau est chanté en fin de banquet, partout en France.

    Il n’est pourtant pas qu’une chanson de la Compagnie Créole, cet artiste un peu trop réduit à sa naïveté! L’exposition que propose le Musée d’Orsay démontre à la fois la cohérence de son œuvre et sa diversité (les jungles sont incontournables mais il a peint moult portraits, paysages et natures mortes).

    Jarry lui donne son surnom

    Comme s’il se plaisait à brouiller les pistes, Rousseau, d’abord, ne fut pas douanier, mais «gardien des contrôles et des circulations du vin et de l’alcool» à l’octroi de Paris, organisme de collecte des taxes sur les marchandises entrant dans la capitale. Alfred Jarry, l’auteur d’Ubu-roi, Lavallois comme lui, l’affubla de surnom. On s’en servit pour moquer Henri Rousseau au sortir du salon des Indépendants de 1886. Mieux valait s’y faire: toute sa vie, Rousseau, brave et maladroit homme, dut faire face aux quolibets.

    Son style s’y prêtait. Il faut l’œil et surtout le cœur pour dénicher l’artiste majeur derrière le trait enfantin. À Orsay, comme un an plus tôt à Venise, c’est le voisinage d’autres œuvres qui le démontre. Ainsi, le Portrait d’homme au bonnet rouge, de Vittore Carpaccio (vers 1490) dialogue-t-il avec le Portrait de M. X, peint par Rousseau vers 1900. De même, l’Enfant à la poupée du Douanier semble-t-elle la sœur de Maya à la poupée, de Pablo Picasso. Et La guerre (l’illustration de cet article) n’annonce-t-elle pas Guernica ?

    12. Douanier Rousseau_Le Navire dans la tempête«Nous sommes les deux plus grands peintres de notre temps, toi, dans le genre égyptien, moi, dans le genre moderne»: ainsi Henri Rousseau aurait-il apostrophé Picasso, lors d’un banquet organisé par ce dernier dans son atelier du Bateau-Lavoir, en 1908, en l’honneur du Douanier.

    Car si Rousseau, moqué par les tenants de l’académisme, ne put jamais vivre – ou alors si mal! – de son art, il compta quelques pointures parmi ses thuriféraires: Lotti, Picasso, donc, mais aussi Matisse, Delaunay, Kandinsky, Vallotton, Apollinaire.

    Il peint la jungle sans sortir du Jardin des plantes

    Ce dernier écrira son épitaphe, reproduite sur sa pierre tombale mayennaise, où de bonnes âmes rapatrieront ses cendres en 1947, après qu’il eut été enterré dans la fosse commune du cimetière de Bagneux, en 1910.

    Rousseau ne verra pas le surréalisme, qu’il avait si bien annoncé, lui qui se contenta de visites au Jardin des plantes, et des souvenirs de copains de régiment revenus de l’expédition mexicaine, pour devenir le peintre de la jungle; sorte d’anti-Gauguin qui ne voyagea que dans sa tête mais partit si loin…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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