Ils ont osé ! (édition 2018, 1/2)

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    2018 a bien évidemment charrié son lot de larmes, de cris et de souffrance, dans les salles d’audience. Mais aussi, parce que la justice n’est jamais que le reflet de la vie, de sourires, de rires et de poésie involontaire. A l’occasion, le chroniqueur a recelé dans un coin de sa mémoire ces quelques pépites… Sauf mention contraire, l’orpaillage a eu lieu à Amiens.

    A l’envers Le 10 janvier, Jérôme, de Doullens, auteur d’une tripotée de délits routiers, se justifie ainsi : « J’avais acheté une voiture pour me motiver à repasser le permis ». Désolé : dans l’autre sens, ça marche mieux, Jéjé !

    Désespéré Le 14 février, jour de la Saint-Valentin, Hervé pleure un amour évaporé : celui de la voiture pour laquelle il avait versé huit mille euros à un vendeur marron et dont il n’a jamais vu la couleur (de la voiture, pas du vendeur). « Avez-vous un préjudice moral ? », l’interroge le président.  « Oui, répond Hervé. J’ai un préjudice de moral à zéro ».

    Echo Le 1er juin, pour l’une des dernières audiences d’assises présidée par Sylvie Karas, la technique a décidé, une fois de plus, de jouer des tours. La visioconférence – cet alpha et omega de la justice du XXIe siècle – rappelle les retransmissions en direct des années 60 sur les postes en noir et blanc. « Je n’entends qu’un mot sur deux » se lamente une experte auditionnée à distance. Mme Karas ne se démonte pas : « Nous nous on on vous vous entend entend très très bien bien ».

    Lucide Ce 11 septembre, Me Jérôme Crépin démontre une fois de plus quel fin pénaliste il peut être en plaidant un délai technique quant à une fin d’information, donc une nullité d’ordonnance de renvoi. Parmi les prévenus figure un brave gars qui n’a pas la chance d’être représenté par un avocat. On lui demande son avis. « Je ne comprends pas tout », avoue-t-il. Le président Montoy le rassure d’un ton badin : « Rassurez-vous, moi non plus.

    Techniquement fainéant Le même jour, un ado attardé, fils de bonne famille, répond de vols dans son quartier. On l’interroge sur son éventuelle vie professionnelle. L’homme lève les yeux au ciel, recoiffe ses cheveux désordonnés, façon poète maudit et confie : « Techniquement, je suis sans emploi mais ça sous-entend sans action, sans passion, or ce n’est pas le cas… »

    Désorientation professionnelle Le 24 septembre, à Beauvais, l’enquête de personnalité souligne que Bakari ne fait pas grand-chose de ses dix doigts. « J’étais livreur mais j’ai arrêté », reconnaît-il. « Qu’est ce qui ne vous plaisait pas ? », l’interroge sans malice la présidente Tortel. Bakari n’hésite pas : « Ce qui ne me plaisait pas, c’étaient les livraisons ». La magistrate refoule son rire : « Oui, en effet, c’est gênant ».

     

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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