Kevin, l’escroc du coeur

    C’est vrai qu’il est plutôt beau gosse, le Kevin. On comprend qu’il n’avait aucun mal à « pécho », d’autant qu’il n’est pas le dernier pour les promesses d’amour éternel et les courriers doux dont les marges s’ornent de petits cœurs. Sa barbe soigneusement taillée, son blouson de marque, ses baskets dernier cri mettent en valeur le physique de l’homme de 28 ans.
    En 2015 et 2016, il a fait des dizaines de victimes , selon un mode opératoire qu’il reproduisait invariablement : séduire une jeune femme sur les réseaux sociaux, se faire inviter chez elle, y passer un à trois jours (nourri, logé, blanchi), profiter qu’elle fût endormie ou sous la douche pour lui voler sa carte bancaire ou des formules de chèque, s’évanouir, conquérir une autre donzelle sur internet, la rejoindre, lui faire endosser le chèque volé à la précédente, récupérer le liquide, la voler, repartir… Kevin avait inventé le mouvement perpétuel.
    À l’audience du 4 mars, vingt-six victimes sont recensées, mais on imagine que celles qui ont fait opposition à temps ne se sont pas précipitées pour porter plainte, un peu honteuse d’être ainsi tombées dans le piège du beau gosse, en échange d’une nuit d’extase. Deux ont quand même fait le déplacement à Amiens, l’une de Cannes, l’autre de Calais. Car Kevin, qui ne payait pas ses billets de train, avait l’escapade facile : Toulouse, Boulogne, Oullins, Dunkerque… On a enquêté sur la personnalité de Kevin, déjà condamné sept fois pour des vols ou escroqueries, et cru pouvoir mettre ses mauvais penchants sur le compte de l’hérédité. Sa mère n’a-t-elle pas été condamnée de multiples fois pour des filouteries ? Raté ! « Ma mère, je ne l’ai vue qu’une fois. Elle m’a placé », affirme celui chez qui le psychiatre a décelé « un intense besoin de séduire ».
    On rigole, mais Kevin a fait de vrais dégâts, en délestant de 600 à 1 200 euros ses victimes et en leur laissant un goût de trahison, voire de peur. « J’avais peur. J’ai déménagé, d’abord chez mes parents avec mes deux enfants, puis dans un appartement avec une porte sécurisée », témoigne Angélique. Plus gênant : lorsqu’il est sorti de ses quatre mois de détention provisoire, il a récidivé. On se souvient aussi de son passage devant le tribunal, en avril 2018, quand il avait répondu de menaces de mort et de vol au préjudice de sa petite amie, qui, bonne pâte, partage toujours la vie de ce boulanger-pâtissier à Amiens. « Il prend les femmes pour des porte-monnaie », avait justement résumé le procureur. « C’est juste que je ne veux manquer de rien », avait rétorqué Kevin. Kevin Tarnok, « l’escroc du cœur » selon le président, est condamné à douze mois de prison dont six ferme.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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