La marâtre à la barre

    Lorie est habillée tout de rose, jusqu’au masque. Ses allures de bonbon tranchent avec ses pleurs et l’ambiance assez lourde qui pèse sur l’audience, tandis que les parents d’Anna, 9 ans, sont assis à sa droite, à intervalles réguliers et sanitairement acceptables. Ils accusent la femme de 29 ans d’avoir commis des violences répétées sur leur fille, en 2018.
    Le père et la mère d’Anna se sont séparés en 2016, après douze ans de vie commune. Presque aussitôt, le papa rencontre Lorie, cousine d’un de ses collègues de travail. Elle aussi a une fille d’un premier lit (expression épatante qui résume une vie sentimentale à un programme de fidélité Ikea). Ensemble, à Amiens, ils auront à leur tour un enfant, né en janvier 2018. C’est alors que ça se gâte…
    Lorie serait devenue agressive avec sa belle-fille, refusant les contacts physiques, l’humiliant et, à de rares occasions, joignant le geste à la parole. On ne parle pas de tortures habituelles, très loin de là ! mais plutôt du jet d’une télécommande et d’une tentative, bien vite réprimée, de claque dans la voiture.
    « Au début ça se passait bien, j’étais même plutôt rassurée, se souvient la mère d’Anna. Puis elle a commencé à pleurer pour ne pas y aller. Elle faisait des dessins très sombres, la traitait de sorcière. Aujourd’hui, on ne peut même pas prononcer son prénom… Anna consulte encore une psychologue. »
    « Je ne savais pas qui croire. Mais la télécommande, je l’ai vue voler. J’ai aussi enregistré les insultes sur mon téléphone, alors quand je l’entends tout nier… » bredouille le père. Ces enregistrements ne prouvent pas les violences mais dénotent d’une atmosphère
    viciée : « Vous allez voir que je suis noire (Lorie est africaine). Elle va pleurer un moment, elle va comprendre… T’es grosse comme un porc ». Maladroitement, Lorie nie ces mots, puis concède : « Je me suis énervée. Je la considérais comme ma propre fille mais il fallait toujours qu’on s’occupe d’elle. Et puis elle me manquait de respect ». Subtilement, son avocate, venue comme elle d’Orléans, plaide : « Je ne veux pas dire que la petite a menti. Elle a vécu, ressenti des choses ; elle s’est sentie agressée. Pourtant, y a-t-il de quoi qualifier des violences au sens du code pénal ? »
    L’enjeu, ce n’est pas la peine de trois mois avec sursis requise par le procureur, mais l’audience aux Affaires familiales programmée dans le Loiret, demain lundi 15 juin, car Lorie veut récupérer sa propre fille, qu’elle n’a pas vue depuis six mois, quand son ex-conjoint l’a rapatriée en Picardie. Un jugement pour violences sur mineur, ça risque de faire tâche. On imagine la pression sur le juge avant de rendre sa décision, ce mercredi 10. Pesant le pour et le contre, il a finalement condamné la marâtre à trois mois avec sursis.
    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !
    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Il disait qu’il allait changer

    Alexandra, frêle, le bras en écharpe, est une caricature de victime de violence conjugale. ...

    On est chez nous

    « On est chez nous » : je l’ai chanté de bon cœur dans les travées du ...

    La peur des coups

    Le phénomène est méconnu, car pour le souffre-douleur s’ajoute à la souffrance des coups ...

    Elle ne l’a pas cherché

    Appelons-la Émilie. Elle est l’une des sept victimes recensées d’un entraîneur d’équitation de l’Oise, ...

    Canicule au jardin

    Avec son blouson trois fois trop grand, son crâne dégarni et ses lunettes de ...

    La confusion des peines

    En novembre, déjà, lors d’une comparution immédiate, il nous avait attendris avec sa tête ...