La poudre d’escampette

    Jeudi 12 octobre, 18 heures, au palais de justice d’Amiens. Le procureur a requis de la prison ferme et un mandat d’arrêt contre Cédric Rohault. L’Amiénois de 30 ans a distraitement écouté plaider son avocate. Les juges se retirent pour délibérer. Rohault traîne d’abord dans la salle des pas perdus. Il doute encore. Lentement il passe la porte, comme surpris qu’on le laisse passer. Il descend la haute volée de marches du palais, s’arrête à leur pied puis prend sa décision: c’est en courant qu’il traverse la cour et franchit les grilles. Pourtant, libre il est arrivé, libre il demeure jusqu’au jugement. Rien ne sert de se hâter. Avec 22 condamnations au casier (bientôt 23), il devrait le savoir…

    Marie s’est amourachée de Cédric en novembre 2016. Elle, mineure, était placée en foyer; lui, fraîchement sorti de prison, était hébergé au bien nommé Îlot, toit de fortune de ceux qui n’en ont plus. Ils se sont connus à la gare, ce lieu de tous les possibles, y compris les plus néfastes.

    Les cinq mois que Marie passera avec Rouhault seront cinq mois de violences. Gifles, coups de pied, de poing, même quand au sol elle implore pitié. Elle décrit tout ça d’un ton neutre. «Le pire c’est qu’il n’y avait pas de raison. J’ai essayé de comprendre. Un jour, j’ai pris cher seulement parce qu’il pleuvait et que ça l’énervait», tente-t-elle encore d’analyser.

    Il y a aussi la violence mentale, cette emprise qui fait plus mal encore que les coups.

    Deux fois, Rouhault s’est présenté sur les lieux de stage de Marie et l’a forcée à le suivre. Craignait-il de la perdre, si elle sortait de la misère, leur plus petit commun dénominateur? Pendant six jours, il l’a même retenue dans son studio au nez et à la barbe des éducateurs. Elle aurait pu crier, se sauver: «J’avais peur, s’excuse-t-elle. Et je l’aimais. Je sais que je n’aurais pas dû retourner avec lui, même après avoir porté plainte».

    Pour quelque temps, elle est tranquille, puisque son agresseur est condamné à 18 mois dont 12 ferme. Le mandat de dépôt s’est transformé en mandat d’arrêt. Aux policiers de retrouver Cédric Rouhault. Ça urge: le 26 octobre, il est convoqué au tribunal correctionnel. Pour des violences sur sa mère…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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